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FRANÇOIS BACON
sa mère avait épousé lord Burleigh, le premier homme d’Étatde cette époque), devait parvenir rapidement au faite deshonneurs. Il n’en fut rien. François Bacon végéta longtempsdans une position voisine de la misère. Ses facultés natu-relles l’auraient écarté de l’étude du droit. Il avoue lui-même,dans plusieurs de ses lettres, que la jurisprudence ne lui plai-sait pas, et qu’il ne s’en occupait que pour vivre. « Il y amieux à faire pour un philosophe, écrivait-il, que d'étudier lesDigestes.
Ses relations de famille ne lui furent pendant longtempsd’aucune utilité. Son frère aîné le voyait avec plaisir,mais ne lui était d’aucun secours. Ce qui est plus surpre-nant, c’est la froideur malveillante que son oncle ma-ternel, lord Burleigh, opposa toujours à ses fréquentes etpressantes sollicitations. Le tour d’esprit de ces deux hommesétait trop différent pour permettre un rapprochement entreeux. Lord Burleigh, positif, froid, réfléchi, vieilli dans lesaffaires de l’Etat, ne pouvait ni apprécier ni comprendre l’es-prit hardi, turbulent et vaniteux du jeune philosophe. « C’estun rêveur », voilà comment Burleigh formulait son jugementsur son neveu, qu’il tenait à l’écart, et contre lequel il prévintmême la reine.
Il était écrit que Bacon devrait tout à lui-même. Il seprépara donc, comme le premier venu, à son stage d’avocat,et poursuivit ses études avec assez d’ardeur pour être remarquéde ses confrères. En peu d’années, il eut non-seulement laréputation d’un savant jurisconsulte, mais encore celle d’unavocat éloquent. Il obtint, au bout de quelques années, la placede lent reader, c’est-à-dire les fonctions de professeur de droità l’institution de Orays-Inn.
Son succès fut moins brillant sur un autre terrain. Ce futvainement qu’il chercha, à cette époque, à se faire remarquer àla cour. Il put, à la vérité, s’approcher de temps en temps de lareine Elisabeth. Elle l’écoutait avec plaisir, et lui témoignaitune certaine bienveillance ; mais la seule marque de faveurqu’il emporta, fut le titre de conseiller extraordinaire de lareine. Ce titre lui donnait le droit de figurer à côté de VAt-torney general et du Sollicitor general, dans les procès de lacouronne, et de se présenter à la barre en robe de soie.