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SAVANTS I)U DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
à se réveiller et à l'arracher à sa retraite. La reine semblaitmieux disposée à son egard; elle appréciait déjà son mérite,comme jurisconsulte. L’altière souveraine avait daigné venir,elle-même, l’entretenir d’un procès qui l’intéressait; elle luiavait même demandé à dîner dans sa maison de Twickenham.Plus d’une fois, il servit d’intermédiaire entre la reine et sonfavori, le comte d’Essex, dans des affaires d’un ordre délicatet tout personnel.
Mais il était écrit que la fortune ne sourirait jamais à Bacon ,sous le règne d'Elisabeth. Malgré sa réputation, il ne put sortirdes embarras matériels de sa situation. L’espoir d’un richemariage vint ranimer son courage. Il aspirait à la main delady Hatton, belle, riche et spirituelle personne, fille de sirThomas Ceril, petite fille de lord Burleigh. Mais on lui pré-féra son ancien rival, sir Édouard Coke, mieux posé que luidans le monde, mais âgé de cinquante ans. On ne doit pass’étonner de la haine que Bacon eut toute sa vie pour cethomme, qu’il rencontrait constamment sur son chemin.
Sa gêne devenait plus pénible de jour en jour. Un créancierimpitoyable, à qui il devait 300 livres sterling (7,500 fr.), le fitplus d’une fois mettre sous les verrous. Il en fut libéré unepremière fois, par l’intervention de son cousin le ministre, uneseconde fois par la mort de son frère aîné, qui lui laissait unepetite somme en héritage.
Tous ces échecs auraient dégoûté un autre homme, de lacarrière politique, et l’auraient guéri de l’ambition. Bacon necomprit pas ces avertissements. Il aurait mieux valu pour lascience et pour l’honneur de son nom, qu’il eût renoncé à sesprojets, pour s’adonner aux seules études scientifiques. Maisil y eut toujours dans Bacon deux penchants contraires, quil'attiraient, avec une force égale, dans deux directions oppo-sées. S'il ressentait l’intime conviction de sa mission scien-tifique, d’un autre côté l'ambition et la vanité le poussaientdans la vaine carrière des cours, en faisant briller à ses yeux lemirage trompeur de la fortune et du pouvoir.
Grâce à son amitié avec le comte d’Essex, Bacon savait de-puis longtemps que les rapports de la reine et de son favoriétaient troublés par la fierté et l’insubordination du jeune etbrillant, général. 2se pouvant faire plier Élisabeth à ses volon-