2G1
FRANÇOIS BACON
tés par la prière et la soumission, le comte d’Essex croyaitpouvoir tout arracher par ses importunités et ses façons des-potiques, à la reine, déjà âgée. Bacon prévoyait l’orage quis’amoncelait sur la tête de son ami ; il tremblait pour Essex,et plus encore pour lui-même, car la chute du favori d'Elisabethdevait entraîner la sienne.
Au mois d’octobre 1596, il adressa au comte d’Essex unelongue lettre, dans laquelle il lui conseillait la prudence et lamodestie. C’était un cours complet de conduite, à l’usage desamants des têtes couronnées. En même temps, il faisait toutpour excuser le comte d’Essex aux yeux de la reine, et pourle recommander à sa générosité. Mais tous ses conseils furentperdus. Le favori, se croyant sûr de la reine, continuait dela blesser par sa conduite, d’exciter sa jalousie et d’éveillersa défiance par des démonstrations populaires en son honneur.Sa liaison avec la souveraine durait toujours, grâce à des ré-conciliations qui succédaient périodiquement aux ruptures.
Le comte d’Essex, aspirait à une position plus élevée quecelle qu’il occupait à la cour. Il réussit à se faire donner,malgré les avis de Bacon , un nouveau commandement, dansune expédition dirigée contre l’Espagne . Il y fit preuve de labravoure qui lui était naturelle. Mais des vents contrairesdispersèrent la flotte, et à son retour, la reine l’accueillit avecune mauvaise humeur non dissimulée. L’année suivante, c’est-à-dire en 1598, Essex eut avec Elisabeth, en présence de lacour, cette violente et scandaleuse altercation, qui a été tantde fois racontée, et si souvent produite dans le roman etau théâtre. On sait qu’après un échange de mots très-vifs,Essex tourna le dos à la reine, qui, furieuse, le prit par lesoreilles et le chassa de sa présence. Le comte porta lamain à son épée, et sortit du palais, en proférant des me-naces.
Cet incident alarma Bacon . Il décida tout aussitôt, à partlui, de faire un voyage sur le continent, pour ne pas être mêléà la catastrophe qui allait éclater. Il réussit pourtant à récon-cilier, une fois encore, les deux amants.
L’Irlande était alors en pleine insurrection. Essex reçutl’ordre d’aller combattre les rebelles, avec le titre de gouver-neur du pays. Mais il trompa la confiance de sa souveraine.