271
FRANÇOIS BACON
L’enquête fut conduite régulièrement, et en apparence dumoins, sans passion. D’ailleurs, l’accusation était fondée. Bacon se dit maladç, et ne parut plus aux sessions du parlement.Ensuite, il supplia le roi d’intervenir en sa faveur. Jacques I erpria les chambres de procéder sans passion, fit quelques pro-messes, et ajourna la session pour trois semaines. Mais cetexpédient n'eut aucun succès : le procès continua.
Le roi, cédant aux conseils de ses courtisans, fît savoir àBacon qu’il devait s’avouer coupable. Le chancelier, abattu,découragé, obtempéra à cette injonction: gïoria in obsequio!Il n'avait ni le courage, ni l’impudence nécessaire pour luttercontre ses accusateurs. En proie à un désespoir absolu, il s’étaitenfermé dans sa chambre de York-Jtouse, refusant de voir sesamis, ordonnant à ceux qui le soignaient de le quitter et d’ou-blier jusqu'à son nom. Il offrait, en un mot, le spectacle d’unhomme qui s’abandonne lui-même.
A la rentrée du parlement, Bacon confessa ses torts, dansune lamentable lettre que le prince de Galles présenta lui-même à la chambre des lords . Une commission se rendit chezlui, pour recueillir ses aveux. Bacon fit cette déclaration :« Mylord, cette lettre où je m’accuse est bien de moi; c’estmon acte, ma main, mon cœur. Je supplie vos seigneuries d’avoirpitié d’un pauvre roseau brisé. » On lit dans sa déclarationécrite : « Descendant dans ma conscience et rappelant tous messouvenirs, je confesse pleinement et ingénument que je suiscoupable de corruption, et que je renonce à toute défense. » Ilsupplia pourtant le roi de lui épargner une condamnation, luipromettant, en échange, « une bonne histoire d’Angleterre! »
Toutes ces humiliations, tous ces abaissements, restèrentsans fruit. La chambre des lords déclara, à l’unanimité, Bacon coupable de corruption (of bribery and corruption). On le con-damna à payer quarante mille livres sterling d’amende, àrester en prison à la Tour de Londres tant qu’il plairait auroi, et à perdre ses places. On le déclarait incapable d’occuperà l’avenir aucun poste dans l'Etat, ni aucun siège dans le parle-ment, avec défense de jamais résider où séjournerait la cour.
Cette sentence fut rendue le 3 mai 1621. Elle était juste,mais fort dure, car Bacon n’avait fait qu’imiter les autres per-sonnages de la cour. Il recevait des présents, comme tout le