272
SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
monde, et comme le roi lui-même. A la cour de Jacques I er , laconcussion, devenue une habitude générale, n’était pas consi-dérée comme un crime. Seulement on avait voulu cette foisfaire un exemple, et Bacon paya pour tous.
Les juges avaient compté sur la bienveillance du roi pouradoucir le jugement. Bacon ne resta, en effet, que deux joursen prison, et on lui'fit remise de l’amende des 40,000 livressterling. Il se retira dans sa terre de Gorhambury, où il vécuten exil, obsédant la cour de ses sollicitations inutiles. Il seregardait comme une victime immolée aux intérêts de Buckin gham et à ceux du roi. Il se comparait à Sénèque , à Démosthène ,qui avaient été exilés comme lui pour des affaires d’argent,mais qui furent, plus tard, solennellement réhabilités.
Le roi finit par se laisser fléchir. Il permit à Bacon de ren-trer dans la vie politique; mais ce dernier n’osa jamais profiterde l’autorisation du roi. Une pension, jointe à d’autres res-sources, portait encore à une somme équivalente à GO,000 francsde notre monnaie ses revenus annuels; mais le luxe qu'il con-tinua d’afficher et la mauvaise gestion de ses affaires par safemme, entraînèrent sa ruine. Il se vit obligé de céder Yorh-Ilouse au duc de Buckingham, et d’emprunter sur sa terre deGorhambury. Dès lors, il vécut tantôt chez le mari d’une deses nièces, tantôt dans son ancien appartement de Gray's-Inn,auquel il avait toujours droit comme membre de cette corpo-ration. Ainsi s’était réalisée la prédiction de son collègue assis-tant à son déménagement pour Westminster !
Le luxe effréné de Bacon était plutôt provoqué par sa vanitéet son désir d’ostentation, que par ses goûts personnels. Sesfolles dissipations tenaient à son imagination ardente, quesurexcitait une aveugle vanité. Il était toujours entouré d’uncortège de parasites, qui vivaient et s’enrichissaient à sesdépens. Au lieu de regarder autour de lui , ce sont ses propresexpressions, il regardait au-dessus de lui. C’est ce qui l’empê-cha de voir l’abîme ouvert sous ses pas, et dans lequel il tomba,avec son honneur.
Le chancelier déchu essaya de se consoler de ses disgrâces,en reprenant, au milieu de ses amis, ses études favorites. Ilpublia d’abord Y Histoire du régné de Henri VII , ouvrage inté-ressant, mais plein de réticences. Parmi d’autres écrits qu’il