FRANÇOIS BACON
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dernier, c’est, la conviction d’avoir trouvé et prononcé laparole magique, attendue par son siècle, et qui devait être lesignal du développement scientifique des temps avenir. Cetteconviction perce déjà dans le titre de son premier écrit philo-sophique : De interpretatione naturæ. Elle est exprimée ungrand nombre de fois dans ses autres écrits, avec une forcetoujours croissante, comme une de ces prévisions que le tempsn’a fait que confirmer. Donner à l’esprit humain des instru-ments nouveaux et plus sûrs, pour arriver à la connaissance dela vérité ; augmenter les forces de l’intelligence, en les dirigeant'l’une manière méthodique ; approfondir les mystères de lacréation, et fonder la puissance et le bonheur de l’homme surla pénétration des secrets de la nature; voilà la pensée géné-rale qui a engendré l’ Instav.ralio magna.
Nous avons déjà fait connaître l’ordonnance de ce grandouvrage, dont Bacon ne put terminer qu'une faible partie. Lapremière section, intitulée De dignitate et augmentis scientia-riim, est une sorte de discours philosophique sur toutes lesbranches des connaissances humaines. Bacon distingue troisfacultés de l’esprit : la mémoire, l’imagination et la raison,division qui a été plus tard développée par d’Alembert et parDiderot . Conformément à cette division, il partage les sciencesen histoire, poésie et philosophie. Mais il s’aperçoit qu’il y aencore dans la science, telle quelle existait alors, des lacunes àremplir ; il indique des terrains, encore inexplorés, qu’il recom-mande aux générations futures : ce sont les desiderata.
Il faut s’arrêter un moment pour faire bien comprendreBacon , dans ses rapports avec la science de son temps. Lequinzième siècle avait donné au monde l’Amérique , l’art del’imprimerie, la boussole, le télescope. Ces découvertes étaientles sources d’une puissance toute nouvelle et de richesses ines-pérées ; elles ouvraient des horizons jusque-là inconnus, et enmême temps, posaient au génie de l’homme des problèmes nou-veaux. Mais pour explorer le domaine ainsi agrandi de la science,et pour s’en rendre maître, il fallait avant tout se dégager desentraves de la philosophie scolastique. C’est là ce que Bacon avait compris de bonne heure, c’est-à-dire dès le temps où ilsiégeait comme élève sur les bancs de l’Université de Cambridge ,et pendant sa vie entière, il eut en vue la ruine de la philosophie