FRANÇOIS BACON 211
Comme on le pense bien, ce projet immense fut à peineébauché. On en trouve les commencements dans le Sylva syl-tarum (forêt des forêts), où il a entassé plus de mille observa-tions sur les sujets les plus divers, divisées en dix centuries.Quelques-uns de ces sujets furent traités par l’auteur dans desmonographies, qui sont pour ainsi dire des échantillons de cequ’il voulait faire, et qui s’intitulent respectivement : Historiavitœ et mortis (Histoire de la vie et de la mort) (1622); His-toria ventormn (Histoire des vents) (1622); Historia clensi etrari (Histoire de la densité et de la raréfaction) (1658); His-toria gravis et levis (Histoire de la pesanteur et de la légèreté) ;Historia sulfuris, mercurii et salis (Histoire du soufre, dumercure et du sel) ; Historia et inquisilio de sono et auclitu(Traité du son et de l’audition); Qucestiones circa mineralia(Sur les minéraux) ; Inquisilio de magnele (Recherches surl’aimant).
Mais les résultats auxquels Bacon a été conduit, sur le ter-rain de l’observation et de l’expérience, sont nuis, hâtons-nousde le dire, et nous verrons plus loin qu’il devait en être ainsi.
Dès qu’un nombre suffisant d’observations dignes de con-fiance a été recueilli, le philosophe peut songer à les discuteret à les coordonner, en faisant disparaître les contradictionsqui existent entre les faits positifs ou affirmatifs et les faitsnégatifs (inslantiæ négative). En rejetant tout ce qui n’est pasessentiel, on doit arriver à dégager de ses complications for-tuites le phénomène général, et à établir des vérités philoso-phiques. Pour s’élever à la philosophie, il faut, en quelque sorte,une échelle intellectuelle, dont les degrés soient des exemplesbien choisis qui mettent sous les yeux les conditions les plusdiverses des phénomènes et de l’observation. C’est ce queBacon appelle scala inlellectus (échelle de l’intelligence).Telle est la troisième partie de ce grand ouvrage.
Bacon voulait présenter dans la quatrième partie, les véritésprovisoires obtenues par cette induction. La cinquième devaitcontenir, comme résultat définitif de ces opérations, une doc-trine suprême, la philosophie seconde, non pas seulement spécu-lative, mais active. C’est cette nouvelle philosophie de la nature,cette science des causes, que Bacon prétend avoir préparée, etdont il lègue l’achèvement aux siècles futurs, car il dit lui-