Buch 
4 (1869) Savants du dix-septième siècle : Keppler, Galilée, Descartes, F. Bacon, Harvey, Tournefort, Huygens, Denis Papin, van Helmont, Robert Boyle, Nicolas Lémery, Blaise Pascal, Fermat Désargues, Cassini / par Louis Figuier
Seite
278
JPEG-Download
 

2*78

SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

même formellement qu'il la croit au-dessus de ses forces, etqu’il ne veut en montrer que la route.

Bacon ne put qu’ébaucher le vaste projet qui l’avait occupépendant toute sa vie, Les deux premières parties de Ylnstau-ratio maf/na furent seules terminées par lui. Il pouvait d’autant,moins achever un aussi immense travail, qu’il divisait ses forces,pour embrasser les sujets les plus variés; et que loin de seborner à se faire admirer comme philosophe, il entendait sefaire aussi un nom comme historien et comme légiste. Ses tra-vaux dans cet ordre d’idées, sont encore estimés de nos jours.Un siècle avant Frédéric le Grand, deux siècles avant la Révo-lution française, Bacon demandait la réunion des lois anglaisesen codes, devançant ainsi les idées de ses contemporains.

Bacon ne se trompait point en supposant que les générationsà venir pourraient seules le comprendre; et c’est avec raisonqu’il s’intitule lui-même un serviteur de la postérité {posterita!iinservlo, dit-il).

La philosophie de Bacon est, comme il l’a dit lui-même,une doctrine essentiellement libérale : elle demande pour lascience une indépendance complète. A ce titre, on ne manquapas d’accuser l’auteur d’athéisme. Les théologiens anglais avaient montré leur défiance dès l'apparition de son premierouvrage. Us s’inquiétaient de ses innovations, et pour leur im-poser, il fallut tous les témoignages d’admiration qui lui arri-vaient de l’étranger, la caution de l'Europe savante, comme onl’a dit. Mais Bacon ne poussa jamais les conséquences desa philosophie aussi loin que le firent ses successeurs Locke ,Condillac, Diderot, d’Alembert et Voltaire . Si l’empirismequ’il prêche peut conduire, par ses dernières conséquences, auscepticisme des matérialistes, il faut reconnaître que Bacon n’avait pas lui-même prévu ce résultat, car il était profondé-ment convaincu de la vérité des dogmes chrétiens. C’est ce queprouvent ses méditations sacrées, et surtout une belle prièreque l’on trouva dans ses papiers après sa mort, et dont voicile texte :

u O Seigneur, infiniment bon, Père infiniment miséricordieux, qui meprotèges depuis ma jeunesse, j’adore en toi mon créateur, mon rédemp-teur, mon consolateur. Tu pénètres, o mon Dieu , les retraites et les re-plis lesplus cachés dotons les cœurs, tu sais quelle est leur sincérité,