TOURNEFORT
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fois il rentra au college les vêtements mis en lambeaux parla morsure des chiens, ou le corps meurtri par les pierresdont les paysans l’avaient poursuivi dans sa fuite. Ces mésa-ventures n’arrêtaient pas son ardeur, si bien que le jeune éco-lier fut bientôt en état de connaître parfaitement toute laflore des environs d’Aix .
Malgré les fréquentes distractions que lui causait l’étudedes plantes, Joseph Pitton de Tournefort fit de bonnes études,et acheva avec honneur'ses humanités. Arrivé à la classe dephilosophie, il goûta peu la science qu’on lui présentait. Dansla philosophie scolastique, qu’on enseignait alors partout, sonesprit, droit et positif, cherchait en vain un reflet de la nature,qu’il aimait tant à observer. Il aurait voulu des faits, et nonles vaines hypothèses des sectateurs d’Aristote .
Un jour, comme il cherchait un volume dans la bibliothèquede son père, il tomba sur un livre qu’il lut aussitôt avec en-traînement, tout surpris d’y trouver une doctrine philosophiquenouvelle, qui le subjuguait, et qui ne ressemblait en rien à cellequi était professée dans son collège. Absorbé par cette lecture,il ne fit pas attention à l’arrivée de son père. Celui-ci le répri-manda, et lui défendit la lecture de cet ouvrage. Mais lesobstacles ne firent qu’irriter la curiosité du jeune homme, quiprofitait de toutes les occasions pour reprendre le livre. Il seretirait seul dans les lieux écartés, pour y jouir de sa lecturefavorite. Ce livre était le traité philosophique de Descartes (1).
Cependant, Joseph de Tournefort était arrivé à l’âge de sechoisir une ('.arrière. Comme cadet de famille il devait, selonles coutumes du temps, entrer dans les ordres. Son père l’en-voya donc au séminaire d’Aix , pour y commencer ses étudesthéologiques. Bien que le jeune Tournefort ressentit une aver-sion profonde pour l’état ecclésiastique, il consentit à entrer auséminaire, pour obéir aux vœux de ses parents ’2). Mais il n’a-bandonna pas, pour cela, la botanique, son étude favorite. Ilfaisait de fréquentes visites au jardin d’un pharmacien d’Aix ,qui possédait quelques plantes curieuses. Souvent il pous-sait ses excursions jusqu’à plusieurs lieues de la ville. D’après
(1) Savérien , Histoire des philosophes modernes, in-12, p. 119 ^Tournefort'.
(2) Michaud, Biographie universelle.