312
SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
La route qu’il suivit, le conduisit au couvent d’Arcadi. Tour-nefort fut reçu par le supérieur, avec lequel il échangea quel-ques doses d’émétique contre des outres pleines d’un excellentvin, dont regorgeaient les caves du couvent. Le supérieur luidonna deux religieux, pour lui servir de guides à travers lessolitudes qui mènent au mont Ida .
Grand fut le désappointement de notre voyageur, lors-qu’après beaucoup de fatigues, arrivé auprès de cette montagnevantée, il ne trouva, au lieu de collines fleuries et pleines d’om-brage, qu’un sommet stérile et décharné. Cette excursion dumont Ida fut peu productive pour la botanique. Tournefort n’yrencontra qu’une espèce de Genièvre. Seulement, il put con-templer à loisir le Tragacantha, arbre qui produit la Gommeadragante. La descente fut dangereuse, car les pentes étaientfort raides et bordées de précipices. Mais un contraste ravis-sant l'attendait sur le versant de la montagne. Au pied de cescollines arides, s’étendait une riche vallée, toute plantée d’oli-viers et d’orangers, et qui se perdait insensiblement dans laplus belle et la plus fertile plaine de l’ile de Candie.
De là, Tournefort se rendit au village de Novi-Castelli, quin’est situé qu’à deux milles des ruines de Gortyne. On voyaitdans ces ruines une des anciennes portes de la ville, dans untrès-bon état de conservation et d’une architecture monumen-tale. Mais les sculptures, les bas-reliefs et les statues des templesd’Apollon et de Jupiter avaient été mutilés par les Turcs; caron sait que le fanatisme musulman ne peut tolérer que Tonreprésente la face humaine. Il existe, à peu de distance de cesruines, un village, dont les maisons ont été bâties avec les bas-reliefs, les colonnes et totis les marbres des temples de l’an-cienne cité de Gortyne.
Après avoir visité ces ruines, Tournefort voulut pénétrerdans le labyrinthe. C’est une galerie souterraine qui parcourttout l’intérieur d’une colline du versant du mont Ida ; elle estsituée à trois milles des ruines de Gortyne. L’orifice, très-étroit et très-bas à son origine, s’élargit insensiblement, demanière à donner passage à deux ou trois personnes. Mais àmesure que Ton s’avance, on trouve l’allée principale, qui esttrès-sinueuse, bordée d’un nombre considérable de sentiers,qui conduisent le visiteur inexpérimenté dans une foule de culs-