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SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIECLE
cations qu’ils se hasardèrent à donner de ce phénomène. Huy -gens, le premier, imagina que cette bande lumineuse était uneespèce d’anneau, qui enveloppait Saturne à une distance partoutégale de son globe. Cet anneau, un peu incliné au plan de l'or-bite de Saturne , a, d’après les dernières évaluations faites parles astronomes, huit mille lieues de largeur, et seulement centlieues d’épaisseur. Or, par un effet du mouvement de Saturne dans son orbite, et du mouvement de la terre dans le sien, nosrapports de situation, à l'égard du plan de cet anneau, changentcontinuellement au moment où notre position relative est telleque ce plan prolongé passerait par la terre. L’anneau tourné denotre côté, dans le sens de son épaisseur, nous présente une sur-face trop petite pour qu’il nous soit possible de l’apercevoir, àcause de la distance prodigieuse qui nous sépare de lui. Huygensremarqua que ces apparences doivent résulter aussi des rapportsde situation qui existent entre le soleil et l’anneau de Saturne .Lorsque le plan prolongé de cet anneau passe par le soleil, c’estseulement l’épaisseur qui reçoit les rayons de cet astre, et lesrayons reçus et réfléchis ne sont pas en assez grand nombrepour rendre visible à nos yeux le corps qui nous les renvoie.
Cette explication, à laquelle Huygens n’était parvenu quepar une longue suite d’observations, fut adoptée par tous lesastronomes. Le P. Fabri le combattit seul. A la fin pourtant,après avoir bien disputé, suivant son habitude, il se rendit àl’évidence.
Huygens avait si bien étudié toutes les apparences sous les-quelles se montre le curieux phénomène de l’anneau de Sa turne , qu’il crut pouvoir prédire la disparition de cet anneaupour l’année 1671. En effet, à l’époque indiquée, l’événementjustifia sa prédiction.
A ses observations sur le monde de Saturne , l’habile astro-nome hollandais en ajouta plusieurs autres, qui, au point de vuede la science, n’étaient dépourvues ni d’intérêt, ni d’utilité ;celles, par exemple, de la grande nébuleuse d’Orion et desbandes qui sillonnent les disques de Mars et de Jupiter. Il cons-tata que les étoiles n’ont pas de diamètre sensible. Il décrivitle procédé qu’il avait imaginé pour mesurer les diamètres desplanètes, etc.
En 1660, Huygens vint, pour la seconde fois, à Paris , d’où il