PAPIN
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M. Einfeld, le démêlé de Papin avec les bateliers da Weser ,démêlé qui eut pour le malheureux physicien un dénoüment sifuneste. Nous laisserons ici la parole au savant recteur del’Académie de Lyon, qui achèvera le récit de cette aventureau point où nous l’avons laissé tout à l’heure.
« L’opiniâtre Papin, nous dit M. de la Saussaye, se décida à passeroutre, en dépit du double obstacle élevé sur sa route. Le 24 sep-tembre donc, il réunit sa famille, et chargeant le premier des steamersdes minces débris de sa fortune, il s’embarque sur la Fulda : il part, ilnavigue, il arrive, maître du flot et du vent, près de Loch, où commencele Weser .
« Mais là aussi commence le pouvoir de la ghilde. A l’arrivée de l’em-barcation, évidemment attendue, la corporation délègue un de sesmembres au bourgmestre de Miinden, pour le prévenir qu’un bateau denouvelle invention vient d’arriver à Loch ; que le maître, ou passager,vieillard qui se dit médecin de la cour de Cassel, manifeste l’intentionde continuer son voyage par le M'oser, ce qui porte atteinte aux privilègesde l’association; il réclame, en conséquence, l’ordre d’arrêter le bateau,conformément à l’usage.
«Le bourgmestre renvoie le député par-devant Drost von Zeuner, pré-sident du bailliage de Münden , le tribunal compétent, et lui adjoint un deses secrétaires.
« Mais, sur ces entrefaites, ce chef du bailliage, prévenu par un autrebatelier, délivrait à l’étranger, après quelques explications, un permis denaviguer au delà de la limite hessoise. Bientôt, poussé par la curiosité,il se rend lui-même à Loch, rencontre l’étranger, reconnaît que cevieillard est bien Denis Papin , conseiller-médecin-ingénieur du land-grave Charles, et constate qu’il est porteur d’un passeport régulier dela cour de Hesse , ainsi que de lettres du conseiller intime Leibnitz . Ilsvisitent ensemble le surprenant batelet. Dans la conversation, Papin luidéclare qu’une fois arrivé à Gimbte (village sur le Weser , à une demi-lieue de Münden ), son intention est de démonter la machine et de latransporter sur un vaisseau pour la conduire en Angleterre, où il comptela faire voir à la reine.
« Édifié de tout ce qu’il a vu, Drost von Zeuner se retire, emportantl’idée que ce Français , dans les conditions où il se trouve, n’a rien à re-douter des membres de la ghilde, et toutefois, comme s’il appréhendaitquelque fâcheuse entreprise de leur part, il recommande, en partant, auxcharpentiers du faubourg de Blume, qui se trouvaient là, de tirer à terre,à la première alarme, ce singulier bâtiment, qui se meut avec des rouessans le secours de voiles ou de rames : « Fine kleinc Machine... wor-i nach grosse Schiffe ohne Mast und Segcl konnlen gebauct und mit blossen« Ràdern regiert werden. »
« Que sc passe-t-ii le lendemain 25 septembre? On l’ignore. Mais lesurlendemain, vers midi, une nouvelle et nombreuse députation de ba-teliers, au mépris de la décision du bailli, qu’elle accuse de complaisanceà l’égard de l’étranger, se rend chez le bourgmestre : « Si, disent-ils à ce« magistrat municipal, le bailliage ne fait pas droit aujourd’hui môme à« la réclamation de la ghilde, les bateliers s’empareront de l’embarcation
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T. IV.