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SAVANTS I)U DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
« étrangère et la mettront à sec sur le rivage. Ensuite, ajoutent-ils, ils« adresseront au prince-électeur une plainte contre ses subordonnés deo Miinden, qui refusent de piotéger leurs antiques statuts, et dans une« saison où leurs bénéfices sont à peu près nuis. »
« Ces menaces n’étaient ni vaines ni simulées, la lecture des pièces decette étrange procédure et son issue fatale ne le démontrent que trop,hélas!
« L’ordre fut délivré par le bourgmestre.
« Pendant ces conciliabules, Papin s’occupait à dégager son bateau,arrêté dans un bas-fond de la rivière, et des charpentiers de Blume l’ai-daient dans ce travail, à ce qu’il semble, car on ne voit nulle part queson embarcation eût un équipage (1). Tout à coup les membres de la cor-poration accourent, l'environnent, lui déclarent que, devenue leur pro-priété en vertu des privilèges de la ghilde, sa chaloupe va être tirée àl’instant sur la beige. Papin s’effraye pour sa machine, fruit de tant deveilles. En vain, croyant la sauver, il offre à la ghilde de faire procéderà sa mise hors de l’eau par les charpentiers, de Blume, suivant la recom-mandation de von Zeuner; ils restent inflexibles; le désolé vieillard estjeté hors du seul bien qu’il possède au monde et, avec lui, sa familleéplorée (dessen Frau und Kinder auch... darliber lamenliren), ses bagages,ses ustensiles de ménage; puis, son bateau est enlevé de la rivière etmis en pièces que l’on entasse sur le bord !
« Ceci se passait dans la soirée du 26. Dès que la nouvelle de cet at-tentat parvient au Conseil de ville, le bourgmestre, son chef, délègue aubailliage un secrétaire et deux bateliers. La mission do ces envoyés n’estpas de justifier l’acte de violence qui vient d'être commis, mais de signi-fier simplement que le bourgmestre, le conseil et la ghilde batelières’approprient la chaloupe arrivée dans les eaux de Loch, et que, sur leproduit de la vente de ses débris sera, comme de droit, scrupuleusementprélevé le quart, afférent à S. A. Électorale.
« Alors, et seulement alois, le bailliage sort de l’inqualifiable inactiondans laquelle il est resté deux jours durant. Par l'organe du bailli Drostvon Zeuner, et de l'assesseur Ebeling, il proteste séance tenante, et lelendemain 27, contre l’illégalité de la mesure ordonnée par le bourg-mestre. Cette protestation est renouvelée le 5 octobre. De plus, redou-tant pour son avenir les suites de l’acte de violence qui vient de s’ac-complir sous ses yeux contre un protégé de l’influent Leibnitz , Zeunerse hâte de lui écrire une lettre justificative de la conduite du bailliage deMiinden durant les tristes journées des 25 et 26 septembre (2). Protes-
(1) Elle n’en pouvait avoir. Papin, aidé de sa famille, suffisait, tout le démontre,à diriger son bâtiment, à chauffer et à fournir d’eau la machine. Il n’est pas sûrmême que, vu le peu d’espace, tous les siens se tinssent à bord, mais des bagages,des caisses, des ustensiles de ménage s’v trouvaient. (Note de M. de la Saussaye.)
(2) Pour peu qu’on examine la conduite de Zeuner, on ne tarde pas à voir que cemagistrat, informé du complot, eut le sincère désir de soustraire Papin au dangerqui le menaçait. D'abord il le fait prévenir de ne point s’embarquer sans une lettredépassé; il délivre même cette lettre. Ensuite, instruit de l’arrivée de l’embarca-tion, il prend pour la sauver toutes les mesures que lui suggère la prudence. Alors,et là ses torts commencent, il s’esquive, il s'efface, espérant avoir assez fait pourmettre sa conscience en règle à l'égard de l’étranger et sa sécurité personnelle àl’abri relativement aux puissances qui poursuivent ce vieillard. Drost von Zeunerétait de cette race d'hommes faibles et pusillanimes que Dante nous montre éter-