PA PIN
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(juo j'ai fuit pour la Société royale depuis que j'ai reçu quelque argent,afin (pie vous puissiez mieux juger ce qu’il est convenable de me donnermaintenant, j’ai déposé sur ce papier ce que j’estime le plus important.Mais, avant tout, je dois vous prier de vous souvenir que vous devezvous mettre à ma place sans restriction, afin que je sois payé selon ceque j’ai mérité, et ayant déjà dans la tète plus de travail de cette natureque je n’en pourrai faire dans le reste de ma vie, j’ai résolu de négligertous les autres moyens de pourvoir à ma subsistance, étant persuadéqu’il ne peut y avoir de meilleure occupation que de travailler pour laSociété royale, puisque c’est la même chose que de travailler pour le bienpublic. Je vous en prie, Monsieur, permettez-moi d’ajouter ici que, dansl’Académie royale de Paris , il y a trois pensionnaires pour la mécaniquequi ont chacun un très-bon salaire annuel, et, en outre, qu’il y a d'ha-biles ouvriers de toutes sortes, payés par le roi, qui sont prêts en touttemps à exécuter tout ce (pie ces pensionnaires commandent. Prenez,s'il vous plaît, les Mémoires de l’Académie royale des sciences , et voyezce que ces trois pensionnaires font chaque année, et coinparez-le avecce (pie j’ai fait depuis sept mois; j’espère que vous trouverez que j’aifait autant qu’on peut attendre du plus honnête homme avec ma petitecapacité et ma pénurie d’argent ;i). »
Il est triste de voir le pauvre proscrit contraint d’invoquerdes secours étrangers pour perfectionner les inventions utilesqui ne cessaient d'occuper les loisirs de ses derniers jours.
« Je propose humblement à la Société royale, écrivait-il le 10 mai 1709,de faire un nouveau fourneau qui épargnera plus de la moitié des com-bustibles. Je ne puis encore dire précisément combien ; mais il est cer-tain'que l’économie sera si considérable qu’elle fera plus que compenserla dépense nécessaire pour l’acquérir... Je désire humblement que laSociété royale me donne 250 francs, et après cela il sera facile d’essayerune chose qui peut être utile à la respiration, la végétation, la cui-sine, etc. »
On lit encore dans une lettre adressée à Sloane :
« Certainement, Monsieur, je suis dans une triste position, puisque,même en faisant bien, je soulève des ennemis contre moi; cependant,malgré tout cela, je ne crains rien, parce que je me confie au Dieu tout-puissant. »
La pauvreté et l’abandon dans lesquels le malheureux philo-sophe traîna le poids de ses derniers jours, devaient lui êtred’autant plus douloureux qu’il était chargé de famille. C’estce qui semble résulter d’une réponse qu’il adressa au comte