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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
il irait cacher ses derniers jours. Il n’osait revenir sur ses paset rentrer à Marbourg , dans cette Université qu’il avait volon-tairement abandonnée. D’un autre côté, il ne pouvait songer àla France . Plus que jamais l’accès de sa patrie lui était fermé,car l’intolérance religieuse, dont les excès ont déshonoré lesdernières années du règne de Louis XIV , continuait à y déployerses fureurs. Mais l’Angleterre avait été pour lui une autre patrie.C’est là que la fortune avait souri un moment aux efforts de sajeunesse. Les encouragements et l’appui qu’il avait rencontrésauprès de l’illustre Robert Boyle , les relations qu’il avait for-mées avec les membres de la Société royale de Londres , vi-vaient au nombre des plus doux souvenirs de son cœur. Il pritdonc la résolution de continuer sa route vers l’Angleterre. Ilvoulut mourir sur le sol hospitalier où avaient fleuri lesquelques jours heureux de son existence.
Faible et malade, il s’achemina tristement vers ce dernierasile de sa vieillesse. Mais, dans le long intervalle de sonabsence, ses amis avaient eu le temps de l’oublier. Robert Boyle était mort, et le nom de Papin était presque inconnudes nouveaux membres de la compagnie. Pour subvenir à sesbesoins, il fut contraint de se remettre à la solde de la Sociétéroyale. Le grand inventeur dont notre siècle glorifie la mé-moire, se trouva dès ce moment, et jusqu’aux derniers jours desa vie, réduit à un état voisin de la misère. Il fut contraint,faute de ressources suffisantes, de renoncer à poursuivre lesexpériences de son bateau à vapeur. « Je suis maintenant obligé,dit-il dans une de ses lettres, de mettre mes machines dans lecoin de ma pauvre cheminée. »
En effet, cette ardeur d’invention et de recherches, qui avaitété comme l’aliment de son existence, persistait encore dansl’ànie du noble vieillard ; c’était le dernier lien qui le rattachaità la vie. Il était sans cesse occupé à combiner de nouvellesmachines, pour l’exécution desquelles il réclamait, trop sou-vent en vain, les secours de la Société royale.
Le secrétaire de la Société, M. Sloane, lui avait demandécompte d’une petite somme qu’on lui avait remise, et Papin luiécrivit pour indiquer l’emploi que cet argent avait reçu :
Puisque vous désirez, très-honoré Monsieur, un compte rendu de ce