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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
couvre les derniers temps de sa vie, par son secret retour auxbords de la Loire , où il aurait voulu mourir. Ainsi, il ne nousest même pas donné de connaître le coin de terre où reposentles cendres de cet homme infortuné!
Quand on jette un regard d’ensemble sur les travaux dePapin, on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’ils sont mar-qués au coin du génie. Cependant le mérite de notre compa-triote a été contesté, et dans une notice sur la machine à va-peur, le docteur Robison n’a pas craint de dire : « Papin n’étaitni physicien ni mécanicien (1). » La physique du dix-septièmesiècle se composait d’un trop petit nombre de principes pourqu’il soit permis de refuser à aucun savant de cette époque laconnaissance des faits qu’elle embrassait. De plus, quand on aeu la pensée de créer une force motrice par la seule action del’eau bouillante, on n’est pas seulement mécanicien, on estmécanicien de génie.
Il est juste néanmoins de reconnaître que, dans ses travaux,Papin a souvent manqué d’esprit de suite. Il procédait parsauts, et comme par boutades. Il découvrait des faits éparsd’une haute importance, et ne savait pas trouver le lien propreà les rattacher en faisceau. Il établissait de grands principes,et se montrait inhabile à en déduire les conséquences même lesplus rapprochées. C’est dans les premiers temps de sa vie scien-tifique, en s’occupant de l’insignifiant objet de la cuisson desviandes, qu’il invente la soupape de sûreté, et ce n’est qu’à lafin de sa carrière qu’il songe à l’appliquer à une machine dontles dispositions sont défectueuses. Pendant la constructiond’un autre appareil imparfait, le moteur à double pompe pneu-matique, il invente le robinet à quatre ouvertures, organe dontLeupold et James "Watt ont tiré dans notre siècle un si grandparti pour les machines à vapeur. Enfin, il découvre le prin-cipe fondamental de la vapeur pour faire le vide et souleverun piston; et bientôt, détourné par la critique, il perd de vuesa découverte, et meurt sans soupçonner l'importance extraor-dinaire qu’elle doit acquérir un jour. Il y a là un vice d’espritque l’on essayerait en vain de dissimuler.
(1) « lie ivas neilher philosopher nor mechanician, » (P/tilosophical Magasine, 1822,t. Il, p. 49.)