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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
Après avoir été vivement séduit par la doctrine des stoï-ciens, notre jeune philosophe l’abandonna, parce qu’il cruts’apercevoir que, loin de l’aider à s’avancer dans la perfectionchrétienne , cette doctrine ne faisait de lui qu’une « bulle gon-flée et vide (1). » Il lui sembla que le stoïcisme le tenait« comme suspendu dans le vide entre l’abîme ténébreux del’enfer et une mort imminente. » Il eut horreur de ce videimmense, et il sentit enfin que le mieux était de s’abandonnerà la grâce divine, selon le dogme chrétien.
Van Helmont éprouvait la passion du savoir. Il voulait toutconnaître, pour se rendre utile aux hommes. Seulement, il nesavait dans quel sens diriger ses études. Il avait successive ■ment porté son attention sur la philosophie morale, sur la phy-sique, sur l'astronomie, sur les mathématiques pures, sur lajurisprudence, et rien jusque-là n’avait pu fixer son esprit.Il n’avait pas encore songé à la médecine.
Comme son goût l’entraînait vers les sciences naturelles, illut d’abord les traités de botanique de Dioscoride et de Mat-tiole. Il s’aperçut bientôt que, depuis Dioscoride , la sciencedes végétaux n’avait fait aucun progrès. Un professeur deFaculté , auquel il demanda s'il n’existait pas d’autres livres oùles propriétés des plantes fussent expliquées, lui répondit que,sur cette matière, « Galien et Avicenne n’avaient rien laissé àdésirer. » Cette réponse ne le satisfit point. Il résolut doncd’étudier la botanique, non dans les livres, mais sur les plantesmêmes. Il commença par faire une collection de végétauxusuels de la Belgique , et ce fut par cette étude qu’il se rappro-cha de la médecine, jusqu’au moment où il finit par se livrercomplètement à l’art de guérir.
En vain sa mère et toute sa famille, imbues de tous les pré-jugés de la noblesse des Flandres, voulurent-ils lui persuaderque le soin de traiter les malades doit être abandonné à desmains roturières, et que la pratique de la médecine est incom-patible avec la qualité de gentilhomme. On ne put jamais luifaire abandonner son dessein. On possède encore les lettres deVan Helmont , écrites en langue flamande, dans lesquelles ilfait valoir, auprès de sa mère, avec une énergie remarquable,
(1) « Inanein et tumidam lnülam. »