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lecture, à laquelle il s'attacha, commença à faire naître en luiun goût décidé pour les sciences. C'est pour cela que Bovle ai-mait à dire, plus tard, que Quinte-Curce avait été plus utile àlui-même qu’à son propre héros, Alexandre.
Quelques particularités de sa jeunesse, jointes à sa délica-tesse organique et à son extrême sensibilité, expliquent la mo-bilité d’impressions et la bizarrerie d'humeur dont il donnaplus tard les preuves. Au collège d’Eton, il éprouva unegrave maladie. Pour l’amuser, pendant sa convalescence, onlui donna des livres capables de l'intéresser. Il lut des contes,des histoires, des romans, entre autres Amadis des Gaules. Ceslectures remplirent son esprit d’idées romanesques.
Lorsqu'il fut à peu près rétabli, on le décida à reprendre sesétudes; et, pour calmer son imagination trop surexcitée, ons'occupa de mathématiques.
•i Mais, dit, M. Cap, il n’en resta pas moins toute sa vie sous l’empiredo ces premières impressions. Elles influèrent sur son caractère, surson tour d'esprit, et même sur son style qui, simple et précis dans lesmatières de science, prend souvent, dans ses ouvrages de philosophie,des formes mystiques, obscures et recherchées (1). »
On attribue encore la disposition religieuse et mélancoliquede Boyle à un autre événement de sa première jeunesse. Pen-dant qu’il était au collège, le plancher de sa chambre écroulatout à coup, et il faillit être écrasé sous les décombres. L’ébran-lement nerveux qu’il éprouva de cet événement eut, dit-on,pour sa santé des effets durables et funestes. Cela peut être ;il ne faut pas juger ^pourtant de pareils effets, dans un enfant dedix à onze ans, par ceux qu’un accident d’un genre analoguepeut produire chez un homme capable de saisir d’un coup d’œiltout le péril auquel il a échappé. L’excès de son tempéramentnerveux, les lectures romanesques qu’on lui laissa faire pen-dant son enfance, suffisent pour expliquer la disposition d'es-prit rêveuse et mélancolique que Robert Bovle conserva toutesa vie.
Robert Bovle n’avait que onze ans, lorsque le comte de Cork,son père, le retira du collège, et l'envoya à Stalbridge, dans une
(1) Ibidem. t