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deux cents thalers (huit cents francs de notre monnaie!, le se-cret de la préparation du phosphore.
Il parait que, dans cette affaire, l’alchimiste Brandt, posses-seur du secret tant convoité, fut sublime de diplomatie. Ilétait à la fois en pourparlers avec trois acheteurs : avec Kraft,avec Kunckel et avec un chimiste italien. Il mena de front cestrois négociations, avec un aplomb et une adresse qui rendentdiftîcile à comprendre l’échec qu'il avait subi dans les affairescommerciales. C’est ainsi, par exemple, que se trouvant, unjour, en conférence avec Kraft, pour débattre les conditions deson marché, il voit entrer chez lui Kunckel. Aussitôt, il faitpasser le premier négociateur dans une pièce voisine; et s’ex-cusant auprès de Kunckel de ne pouvoir le recevoir, en raisond'une maladie de sa femme, il l'éconduit, protestant d’ailleursque, depuis quelque temps il a perdu son fameux secret, quevainement il s’est efforcé de le retrouver, et qu’il est finale-ment obligé d’a\ouer son impuissance sur ce chapitre.
Cependant, une fois Kraft reparti pour Dresde avec le trésorqu’il venait d’acheter à beaux deniers comptants, Brandt ne fitplus de difficulté d’avouer à Kunckel qu’il avait vendu son secretà son ami le conseiller Krafft.
Quelques jours auparavant, Kunckel avait rencontré, par ha-sard, son ami Kraft dans les rues de Hambourg , et, fort surprisde le trouver dans cette ville, il lui avait naïvement racontétoutes ses tribulations avec l'inventeur du phosphore. Sans selaisser déconcerter le moins du monde, Kraft avait pris congéde lui, en l’assurant bien qu’il perdrait ses peines à solliciter unhomme aussi entêté.
Kunckel ne pardonna jamais ce trait à son ami Kraft. Quantau docteur Brandt, qui l’avait mystifié, il décida qu’il en auraitvengeance.
La vengeance qu’il en tira fut éclatante, et digne de lui, caril la dut tout entière à son talent scientifique. Sur la simpleconnaissance du liquide naturel dont l’alchimiste Bran it a\aitextrait son phosphore, Kunckel se mit à l’œuvre, et, un moisaprès, il parvenait à obtenir le phosphore avec tous les carac-tères merveilleux qui h? distinguent.
Le ressentiment de Kunckel ne fut pas sans doute entièrementapaisé par cette satisfaction, car, dans son ouvrage de chimie: