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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
cherchait la pierre philosophale. Dans ce liquide, il n’avait rientrouvé qui ressemblât, de près ni de loin, à la pierre des sages.11 arriva pourtant un jour, qu’en calcinant, dans une cornuede fer, le résidu de l’évaporation de ce liquide, mêlé avec dusable, llrandt vit apparaître un corps, dont les propriétésétaient fort extraordinaires. Cet étrange produit s’enflammaità l’air ; il répandait dans les ténèbres une lueur très-vive, etpermettait de tracer, dans l’obscurité, des caractères qui bril-laient toute une nuit. C’était, en un mot, notre phosphore actuel.
Aussi, lorsque Ivunckel arriva dans la ville de Hambourg poury faire connaître les secrets et les merveilles du phosphore deBaudouin , la ville de Hambourg haussa les épaules, disant qu’elleavait elle-mèine de bien autres merveilles à lui montrer, etqu’il serait suffisamment édifié sur ce point, s’il voulait seule-ment prendre la peine de se transporter chez le docteur Brandt.
Dix minutes après avoir reçu cet avis, Ivunckel entrait chezl’alchimiste Brandt. II trouva un homme singulièrement mys-térieux et réservé, qui consentit, à grand’peine, à exhiber sonphosphorus, et crut accorder à son visiteur une faveur insigne,en daignant lui confier de quel liquide naturel il savait extrairece produit.
Ivunckel prolongea a^sez longtemps son séjour à Hambourg ,dans l’espoir de triompher des résistances de Brandt ; mais cefut en vain. Cette obstination le désespérait. Il ne put s’em-pêcher de s’en ouvrir à l'un de ses amis de Dresde , Kraft, con-seiller de l’Electeur de Saxe, qui s’occupait des sciences, etdont il a cité quelques travaux dans son Art de faire le verre.Il lui écrivit, à Dresde , pour lui raconter ce qui précède.
Connaître le procédé de préparation d’une substance aussirare, aussi curieuse que le phosphore, c’était, vu le genre desrelations qui existaient alors entre les savants, posséder untrésor d’un grand prix. Ainsi le pensa très-judicieusement lechimiste conseiller. Cette conviction devait môme être chezlui bien profonde, car elle l’amena à commettre, envers sonami Ivunckel, un trait de déloyauté.
A peine informé, par la lettre de Ivunckel, de ce qui se pas-sait à Hambourg , Kraft, sans rien répondre, s'empresse departir pour cette ville. Il va secrètement trouver le docteurBrandt., et, après de longues négociations, il lui achète, pour