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aucune difficulté de montrer à tout le monde les propriétés duphore, qui reçut alors le nom de phosphore de Kunckel. En1679, il communiqua le procédé de sa préparation au chimisteHomberg, en retour d’un autre secret.
On sait que Homberg était le chimiste que le régent avaitmis à la tête du laboratoire qu’il possédait à Paris . C’était unsavant d’une haute portée, et qui avait donné dans sa carrièrede nombreux témoignages de son habileté et de son dévoue-ment aux sciences. Lorsque Kunckel le vit à Berlin , iln’était pas encore entré dans la maison du régent, mais saréputation scientifique était déjà à son apogée. Il parcourait lesdivers états de l’Europe , exerçant la médecine, et se perfection-nant dans diverses sciences, qu'il cultivait avec un succès égal.
Homberg était né dans Elle de Java. Colbert l’avait attiré àParis ; mais, oublié après la mort de ce ministre, il était tombédans une véritable détresse, dont il sortit d'une manière assezpiquante. Il travaillait avec un autre chimiste, dans le labota-toire d’un certain abbé de Chalucet, qui fut plus tard évêquede Toulon , et qui ne dissimulait point ses prédilections pourl’alchimie. Son compagnon de travail, passionné pour la mêmescience voulut convaincre l’incrédulité de Homberg, et pourcela, il lui fit présent, comme raison tout à fait démonstrative,d’un lingot d’or, qu’il assurait avoir fabriqué. « Jamais, disaitHomberg, on ne s’est joué de moi d’une façon plus civile niplus opportune. » Il conserva son incrédulité et vendit son lin-got. Il en retira quatre cents livres, qui lui permirent de serendre à Rome , d’où il recommença ses voyages.
Homberg reçut de Kunckel le secret de la préparation duphosphore, par un de ces échanges qui étaient alors fort enusage entre savants. Il avait longtemps travaillé avec Otto de Guericke , l'inventeur de la machine pneumatique et de la ma-chine électrique. Le bourgmestre de Magdebourg avait, construitun autre instrument, qui ne nous apparaît plus que comme unebizarre curiosité historique, mais qui était alors fort admiré.C’était un tube rempli d’air, au milieu duquel se tenait, an équi-libre, une petite figure d’homme, extrêmement légère, puis-qu’elle restait suspendue dans l’air, en vertu de son poids spéci-fique. Cet instrument, qui portait le nom de petit hommeprophète, tenait lieu du baromètre, non encore inventé. Exécu-
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