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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
mery. Après avoir suivi pendant un temps convenable l’ensei-gnement oral et pratique de la rue Galande, ils revinrent dansleur patrie, pour y propager les principes de la chimie nou-velle qu’ils tenaient d’un maître illustre.
Ainsi, la gloire de Nicolas Lémery était à son comble et sapopularité sans égale. On l’appelait le grand lémery ; sa phar-macie, la plus brillante de la capitale, comptait une clientèleimmense; son livre et son enseignement lui constituaient desrevenus considérables, digne récompense de ses travaux.
Maintenant, lecteurs, attendez dix ans, et revenez dansla rue Galande. Vous trouverez la rue déserte et la pharmaciede Lémery fermée. Cet amphithéâtre, où des centaines d’audi-teurs se pressaient chaque jour, avides d’entendre la parole d’unmaître admiré, cet amphithéâtre est détruit; le laboratoiren’existe plus; les instruments, les appareils qu’il renfermait,sont vendus et dispersés. Toute cette gloire s’est éteinte, toutcet éclat a disparu. Que s'est-il donc passé, et quel fut lecrime de Nicolas Lémery ?
Lémery était protestant, nous avions oublié de le dire : telfut son crime. La révocation de l’Édit de Nantes , portée en1685, avait été précédée de persécutions ouvertes, qui s’étaientexercées pendant plus de dix ans, contre les religionnaires ré-calcitrants. On avait juré de rendre l’existence impossible enFrance , à tout protestant, quelque peu éclairé. Dans ce but, onlui avait d’abord interdit l’usage de toute profession. Auxtermes des arrêts de Louis XIV , un protestant ne pouvait êtreni notaire, ni juge, ni médecin, ni avocat, ni orfèvre, pasmême boulanger ni commerçant; il ne pouvait être que soldatou laboureur. Le protestant ne pouvait pas se marier, il nepouvait pas même disposer de ses biens par testament.
Dans ces conditions, tout homme de cœur appartenant à lareligion réformée, n’avait qu’un parti à prendre : l’exil. C’estce que firent, en quelques années, près d’un demi-million deFrançais , qui allèrent porter à l’étranger leur industrie, leurrichesse ou leurs bras.
Seulement, il fallait se hâter, car, en présence de l’exil enmasse que s’imposait la population protestante, le gouverne-ment de Louis XIV avait décidé de mettre obstacle, par tousles moyens possibles, à l’exil volontaire des protestants. Ce