LEMEIÎY
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y avait nécessairement à faire un travail d'élimination. Ufallait conserver et retenir, pour ainsi dire, les faits acquis,les phénomènes bien observés, et se débarrasser du vain écha-faudage des théories dont les alchimistes avaient embarrasséces mêmes faits. Il fallait s’attacher absolument à la pratique,en écartant toute espèce de spéculation. A ce prix seulement,on pouvait se flatter d’être intelligible.
Lémery comprit admirablement cette vérité. Décidé à ouvrirà Paris des leçons publiques sur la science qu’il possédait àfond il s’appliqua, pendant de longues années, à extraire del’alchimie la chimie proprement dite, à retirer de sa gangueimpure le métal brillant et radieux.
De ce grand effort d’esprit sortirent deux monuments : d’a-bord un livre, son Cours de chimie, qui fut publié pour la pre-mière fois en 1075, ensuite ses leçons publiques dans l’amphi-théâtre de la rue Galande.
Il n’y a peut-être pas d'ouvrage qui ait obtenu un succès aussirapide et aussi soutenu que le Cours de chimie, do Lémery.L’auteur en publiait chaque année une édition nouvelle, malgréles contrefaçons qui se multipliaient partout. L’ouvrage futtraduit dans la langue de presque tous les peuples civilisés: enanglais , en allemand , en espagnol , en italien , sans parler destraductions latines. C’est qu'il répondait à un immense besoinscientifique de cette époque. Chacun comprenait toute l’impor-tance de la chimie pour la société, pour les besoins des diffé-rentes sciences et des principales industries. Mais les entravesde la vieille alchimie arrêtaient cette tendance générale, cegoût universel pour la véritable chimie. Ce fut donc par unélan d'admiration et d’enthousiasme que l’Europe savante saluale Cours de chimie du maître apothicaire de Paris , qui, pour lapremière lois, venait exposer, dans un langage méthodique,les faits généraux d’une science qui était demeurée jusque-làenveloppée des plus épaisses ténèbres.
Quant au cours public que Lémery faisait dans la rue Ga-lande, nous avons dit le retentissement qu’il avait dans la capi-tale et le succès qu'il rencontrait dans toutes les classes de lasociété. Un seul fait témoignera sa popularité universelle. En1688, quarante Écossais, expédiés en corps par les Universitésde leur pays, arrivèrent à Paris , pour assister aux cours de Lé-