FERMAT
An
était moins pour Fermât , un travail qu’un simple délassement,et n'avait dans son estime et dans ses préoccupations habi-tuelles, qu’un rang secondaire.
Un grand nombre de rapports et de travaux judiciairesqu’on a découverts dans les archives de l’ancien parlementde Toulouse , prouvent que c’étaient bien les devoirs du ma-gistrat et les investigations du jurisconsulte, qui absorbaientla plus grande partie du temps et de l’activité intellectuellede Fermât. Dans les causes dont il avait à faire, commerapporteur, une exposition écrite, il s’appliquait à être net,précis, exact, à n’omettre aucune circonstance, aucun détailessentiel. Mais dans les sciences, il se montrait tout autre. Sesrédactions étaient quelquefois incomplètes et négligées, commele lui reprochait Descartes , parce qu’il les faisait à la hâte, et,pour ainsi dire, en courant. Il ne se proposait pas, d’ailleurs,de faire une exposition complète de la science, en partant deses principes les plus élémentaires; il la prenait, dans sesdiverses parties, aux points où l’avaient laissée Apollonius etDiophante , chez les anciens, Viète , chez les modernes, et ilen reculait les limites par la création de diverses théoriesnouvelles. <> Si Descartes , dit Montucla (1), eût manqué à l’es-prit humain, Fermât l’eût remplacé en géométrie. >> Comme ilavait commencé de très-bonne heure, à cultiver spécialement lesmathématiques, ainsi que le prouvent ses nombreuses lettresadressées, en 1036, à Pascal, à Roberval, à Mersenne (2), et leprécis de ses méthodes, envoyé sept ans auparavant à son amid’Epagnet, il est permis de présumer que, pendant sa vie, quifut assez longue, il produisit beaucoup plus d’écrits qu’on n’ena retrouvé, même en comptant ceux dont M. Libri est aujour-d’hui possesseur.
Le chevalier Digby, qui avait la plus haute opinion du géniede Fermât , lui écrivait :
« Au lieu de vous laisser passer le titre de paresseux que vous vousdonnez injustement, j’admire infiniment la facilité et la présence d’es-prit avec laquelle, au milieu de vos grandes occupations, vous exprimezsur le champ vos profondes et sublimes pensées (3). »
(1) Histoire des mathématiques , t. II.
(2) Biographie universelle de Michaud.
(3) Lettre du 5 décembre 1657,