Tout homme qui a contribué au développement ou au perfec-tionnement d'une science ou d’un art utile s’est acquis desdroits à la reconnaissance de l'humanité; et si cet homme, mé-connu, persécuté, n’a pu obtenir de son vivant la juste récom-pense qu’il avait méritée, c’est à l’histoire qu’il appartient deréparer cette injustice sociale.
11 est difficile qu’une idée, une théorie véritablement nou-velle se produise, dans les arts ou dans les sciences, sans porteratteinte à quelque vieille coutume, et sans choquer directementdes intérêts établis ou des idées reçues. De là, contre ces inven-teurs, des attaques injustes ou des persécutions plus ou moins dé-guisées. Girard Désargues , géomètre contemporain de Descartes et de IIuygens,fut un de ces hommes de génie qui, en ouvrantune voie nouvelle, soit dans les théories, soit dans les applica-tions de la science, ont le malheur de heurter l’esprit de rou-tine sur lequel une foule d'intérêts et de prétentions sont fon-dés. Ses idées étaient, tout à la fois', neuves, profondes ethardies. Elles ont été appliquées de nos jours avec avantage, etl’auteur en eût sans doute émis un plus grand nombre, si presquetous les savants médiocres, soulevés contre lui, ne fussent par-venus à le décourager. Désargues a travaillé utilement, sinonpour ses contemporains, qui ne le comprenaient pas, du moinspour les générations suivantes, qui ont profité de ses travaux.L’estime et l'approbation de Descartes son ami, de Pascal, son. disciple et son émule, et l'affection de quelques autres savants