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CHAPITRE PREMIER.
calcaire du Jura domine, les vallées sont rares et profondes. La formeabrupte de leurs escarpements nous montre, en outre, que ces vallées sontle produit de fentes qui ont coupé le terrain sur une épaisseur considérable.Il en résulte que ces contrées, lorsqu’elles n’ont pas éprouvé de bouleverse-ments très-violents, présentent de vastes plateaux bordés de murs presqueverticaux. Le simple passage de l’un des bords d’une vallée à l’autre bord exigeplusieurs heures. Telles sont, par exemple, les causses du midi de la France ,dont la surface, élevée au-dessus de la mer de plusieurs centaines de mètres,se tient au même niveau sur douze à quinze lieues de longueur, sans autresaccidents que des crevasses énormes qui les traversent dans toute leur lon-gueur. Ces terrains ne présentent pas partout des plateaux aussi étendus;mais le petit nombre de vallées qui les arrosent, et leur profondeur, sontdes caractères qui les distinguent constamment.
Les contrées formées de terrains crétacés ont une certaine analogie avecles pays de calcaire jurassique dont nous venons de parler; mais les pre-miers admettent toujours, outre des vallées de déchirement, un certainnombre de vallées à formes plus douces et creusées simplement par l’ac-tion des eaux : les ruisseaux y sont alors beaucoup plus nombreux, et lescroupes des montagnes, quoique fortement allongées, sont en général arron-dies. Enfin les couches argileuses, si abondantes dans les terrains tertiaires,donnent souvent à ces terrains la propriété de retenir les eaux; aussi leursurface est-elle fréquemment couverte d’une quantité prodigieuse de petitsétangs qui donnent au pays une physionomie toute particulière. Les dépar-tements d’Indre-et-Loire , de Loir-et-Cher , du Loiret , ainsi que les plaines sifertiles de la Bresse , nous offrent des exemples de cette disposition.
Plusieurs des relations que nous venons de signaler entre les formesextérieures du sol et la nature intérieure du terrain sont d’un ordre infini-ment supérieur aux modifications que les travaux des hommes peuventopérer. On ne saurait nier, sans doute, que l’industrie humaine n’ait produitde grands changements sur les apparences extérieures de beaucoup de par-ties de la surface de notre globe : et n’est-ce pas, en effet, de nos jours, unechose rare et imposante qu’une scène naturelle composée d’éléments assezgrands pour qu’on puisse se dire que les travaux des hommes n’ont eu surelle aucune influence, et quelle est exactement telle qu’on la verrait si lerégime des Celtes et des druides régissait encore l’Europe ? A l’excep-