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CHAPITRE PREMIER.
hydrographiques dépendent d’un état d’équilibre qui pourrait être dérangéde bien des manières. Pour faire comprendre l’ensemble des formes d’unecontrée, il est sans doute indispensable de tracer d’abord le contour descôtes, le cours des rivières et même les lignes de faîte suivant lesquelles leseaux se partagent; mais, pour donner une idée approfondie de sa structure,il faut tracer les contours des masses minérales qui la composent. Ces con-tours sont les joints principaux de l’édifice terrestre. En les découvrant, ondécouvre sa structure intime. En les dessinant, on dessine le plan de saconstruction. Elles y sont, pour ainsi dire, incrustées de manière à durerautant que lui. La main destructive du temps, loin de tendre à les effacer,tend, au contraire, à les mettre de plus en plus en évidence, comme elletend à rendre de plus en plus apparents les joints des pierres d’un vieux mur.
Les lignes géologiques, qui déterminent les contours des masses miné-rales, dessinent, en quelque sorte, le squelette d’une contrée, tandis que leslignes hydrographiques ne représentent que ces traits purement extérieursqui, sur un même visage, varient avec les années. De plus, les vallées desrivières ne sont que des sillons isolés, tandis que le modelage général durelief de la terre se rattache aux lignes géologiques. Si nous pouvions voirla surface de la terre de très-loin et bien éclairée par le soleil, comme nousvoyons celle de la lune, à peine y distinguerions-nous les légers enfonce-ments que suivent les plus grands fleuves, et les lignes de proéminencesqui nous frapperaient le plus seraient presque toujours intimement liées àla forme et à la distribution des masses minérales. Ces lignes proéminentesne peuvent rester sans influence sur la direction des cours d’eau. Cepen-dant elles ne déterminent pas toujours les contours des bassins hydrogra-phiques, parce qu’elles présentent souvent des dentelures qui permettent auxrivières et même aux grands fleuves de les traverser. De là les discordancesnombreuses et souvent capitalès qui existent entre le relief réel de la surfaced’une contrée et le dessin linéaire que le tracé des cours d’eau sembleprésenter de ce même relief. On concevra aisément, d’après cela, que lesgéologues trouvent un de leurs points de départ dans ces discordances, etque certaines dispositions, en apparence peu naturelles, des cours d’eau,fournissent à elles seules des données précieuses sur la structure de lacontrée qu’ils sillonnent.
Il suffirait presque toujours de chercher à se rendre compte de ces eu-