SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
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du deuxième lit, et ayant fait revenir de Grantham, Isaac, sonfils aîné, elle lui confia, sans autre retard, l’administration dupetit bien patrimonial.
Cette tâche ne pouvait qu’inspirer à un jeune homme déjàinstruit une certaine répugnance. Diriger une ferme, travailleraux champs, ce n’était pas de ce côté que le portaient ses incli-nations. Aussi ne se mit-il que fort mollement à la besogne. Tousles samedis, il se rendait à Grantham , pour vendre au marchéde cette ville les produits de sa terre. Seulement, à cause de sajeunesse, sa mère le faisait accompagner par un vieux servi-teur, qui devait le guider dans ses ventes. Mais il n’était pasplutôt descendu de cheval, que laissant le bonhomme vendreles denrées à sa guise, il s’enfuyait chez son ancien hôte, l’apo-thicaire Clark, et s’absorbait dans la lecture de quelque vieuxlivre, emprunté à sa bibliothèque. Quelquefois, sans y mettre tantde façons, il s’arrêtait à mi-chemin de la ville, s’installait sousun arbre ou derrière une haie, pour lire et étudier. Son compa-gnon allait seul au marché, et au retour, retrouvant son jeunemaître à la place où il l’avait laissé sur la route, il rentrait aveclui à la ferme.
A Woolsthorpe, Isaac s’amusait, comme autrefois à l’école deGrantham , à confectionner de petits mécanismes. On montreencore aujourd’hui un petit cadran solaire qu’il avait placécontre le mur de sa maison. J.-B. Biot , l’illustre biographe deNewton, a vu lui-même cet intéressant monument de l’enfanced’un grand homme (1).
La mère de Newton se décida enfin à laisser son fils se livrersans contrainte à l’étude des sciences, et voici à quelle occasion.
Le jeune homme, tenant un livre à la main, était un jour ense-veli dans une méditation profonde, lorsqu’un de ses oncles sur-vient, et, curieux de savoir ce qui le captive à ce point, s’emparede l’ouvrage qu’il est occupé à lire. Il reconnaît alors que sonneveu travaille à un problème de mathématiques.
Surpris de voir des goûts si sérieux dans un jeune hommede seize ans, le brave homme insista auprès de la mère d’Isaac,pour qu’elle ne contrariât pas davantage la vocation de sonfils, et il eut le bonheur de réussir dans cette tentative.
(1) Mélanges scientifiques et littéraires. ln-S 0 . Paris , 1853, t. I, ]). 120.