NEWTON
13
Dans le monde il parlait peu. Ses goûts étaient simples ; ilmangeait avec sobriété et s’habillait sans l'eeherche. Il n’avaitaucune de ces habitudes qui deviennent une tyrannie après avoirété un plaisir. Si on lui offrait du tabac, il refusait, pour ne secréer, disait-il, aucun besoin inutile. Il vivait solitairement etétait sujet, comme tous les hommes absorbés par de profondesméditations, à de singulières distractions. Quelquefois, au momentde sortir de son lit, une idée lui arrivait, et aussitôt il restait assissur le bord du lit,à moitié vêtu, et passait des heures entièies danscette situation. Il eût oublié de prendre ses repas si on ne le luieût rappelé. Il se persuada un jour qu’il avait dîné, bien qu’il fûtà jeun et même qu’il eût grand appétit. Voici, plus au long, cetteanecdote.
Son ami, le docteur Stukeley, était venu chez lui, pour dîneren sa compagnie. Après avoir attendu longtemps que Newtonsortît de son cabinet, le docteur se décide a entamer un pouletqni se trouvait sur la table; après quoi, il en remet les restes surle plat, et recouvre le tout d’une cloche d argent. Au bout deplusieurs heures, Newton parait enfin, en déclarant qu il a grandappétit. Il s’assied et soulève la cloche. Mais en apercevant lesrestes du poulet : « Ah ! s’écrie-t-il, je croyais n avoir pas dme.Je vois que je me trompais ! »
Newton était timide : c’est ce qui explique sa réserve dans lasociété. O11 a un exemple assez singulier de cette disposition d’es-prit dans un fait qui se passa en 1 / lu à la Chambre des commu-nes. Ou discutait un bill relatif à la détermination des longitudesen mer. Appelé pour donner son avis, Newton le fit connaître parécrit, et ne répondit pas un mot aux objections présentées parplusieurs membres. Whiston, placé derrière lui, s’écria : « Mon-sieur Newton éprouve quelque répugnance à faire connaître sonavis, mais je puis affirmer qu’il est favorable au bill. » Malgrécet appel à sa parole, Newton continua de garder le silence, et lebill fut adopté sans autre commentaire.
Un étranger lui demandait comment il.avait découvert les loisde la gravitation ; « En y pensant sans cesse, » répondit-il. Ildéfinissait ainsi sa méthode : « Je tiens le sujet de ma rechercheconstamment devant moi, et j’attends que les premières lueurscommencent à s’ouvrir lentement, et peu à peu, jusqu’à sechanger en une clarté pleine et entière. »
t