SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
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qu’on l’avait prié d’examiner; et dans cette lettre il proposait àHooke de vérifier expérimentalement le mouvement rotatoire dela terre, en laissant tomber des corps d’une grande hauteur, etobservant s’ils descendent rigoureusement suivant la verticale.Si la terre tourne, pensait Newton, ces corps doivent tomber àl’est du pied de la verticale, car leur force centrifuge est plusgrande au départ qu’à l’arrivée, et ils éprouvent nécessairement,durant leur chute, un retard sur le point d’où ils ont été lancés.Newton ajoutait que la trajectoire devait être une sorte de spirale.
Chargé de réaliser cette expérience, Hooke fit remarquer quela déviation devait se produire, non vers l’est, mais vers le sud-est, par la raison que, dans tous les points de notre hémisphèreoù la direction de la pesanteur est oblique à l’axe de la terre, lescorps changent de parallèle en tombant, et s’approchent cons-tamment de l’équateur : supposition dont Newton reconnut lajustesse et qui a été confirmée depuis. Hooke déclara, de plus,que la trajectoire devait être, non une spirale, mais une ellipse.
C’est par l’intuition seule que Hooke avait été conduit à cerésultat. Ainsi que nous l’avons dit, il admettait depuis long-temps, sans pouvoir le prouver, que le mouvement elliptique desplanètes était la conséquence d’une force de gravité propre àchacune d’elles et au soleil, et s’exerçant autour de leurs centresrespectifs avec une énergie inverse au carré de la distance ;il devait en inférer naturellement que le mouvement des pro-jectiles autour du centre de la terre est également elliptique.
Cette hypothèse, Newton s’empressa de la soumettre à l’épreuvedu calcul, et il la trouva fondée. Il reconnut qu’une force attrac-tive émanée d’un point et agissant inversement au carré desdistances, fait nécessairement décrire au corps qu’elle sollicite uneellipse, ou, en général, une section conique dont le centre attractifoccupe un des foyers. La loi qu’il avait trouvée était donc vraie,puisqu’elle était une condition sine qua non de la forme des orbi-tes planétaires. Mais alors pourquoi ne s’appliquait-elle pas auxrapports de la terre et de lune? Newton se heurtait toujours àcette impossibilité; il n’en triompha que trois ans plus tard.
Un jour du mois de juin 1682, se trouvant dans la salle des réu-nions de la Société royale, pour attendre le moment de l’ouverturede la séance, il entendit parler autour de lui, de la nouvellemesure du méridien que Picard venait d’accomplir en France ,
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