NEWTON
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Cet élément obtenu, il en déduirait la vitesse du mouvementde circulation de la lune, ou la durée de sa révolution, et sicette vitesse concordait avec celle qu assignait 1 observation, ilfaudrait en conclure que la terre exerce un pouvoir attractif surnotre satellite !
Pour faire ces calculs, il fallait connaître exactement la mesuredu rayon terrestre et la distance de la terre à la lune, expriméeen parties de cette mesure. Malheureusement, à cette époque onne possédait encore aucune mesure précise de la terre. Le degrédu méridien était évalué à GO milles anglais (297,251 pieds deParis ) ; Newton en déduisit le rayon terrestre égal à 17,031,230pieds, et basa ses calculs là-dessus. Aussi trouva-t-il, pour la forcequi retient la lune dans son orbite, une valeur plus grande dusixième que l’observation ne l’assigne, d’après le mouvement decirculation de notre satellite.
Arrivé à ce résultat, Newton ne songea pas un instant que labase de ses calculs pouvait être erronée ; il aima mieux douter dela valeur de son hypothèse. « Je me suis trompé, se dit-il ; lapesanteur n’attire pas la lune en raison inverse du carré de ladistance. Il y a là quelque cause qui m’échappe, et qui modilie,pour la terre et la lune, la loi générale que j’ai découverte. »Lui qui avait rejeté avec dédain la théorie des tourbillons deDescartes , il fut alors tenté d’y revenir.
On n’a pas assez remarqué cette défaillance d’un grand génie.Il faut l’avouer, Newton manqua de cette foi robuste, de cetteconviction inébranlable, qui animent et soutiennent les inven-teurs. Ce principe général de l’attraction, si bien fait pour s’im-poser tyranniquement à un esprit supérieur, en dehors même detoutes considérations mathématiques, il le renia, dès qu’il le viten opposition avec ses calculs : ce qui vient à l’appui de notredire, qu’en astronomie, Newton fut avant tout un mathématicien.On eût aimé entendre Newton s’écrier, à la lin de ses calculs :a Et cependant la terre attire la lune en proportion inverse ducarré de la distance ! »
■Ceci se passait en 1G6G. Après la déception qu’il venait d’é-prouver, Newton abandonna, pour un temps, ses travaux astro-nomiques, et s’occupa exclusivement de mathématiques pures etd’optique. Mais, en 1679, il dut écrire à Hooke, alors secrétairede la Société royale, au sujet d’un système de physique céleste