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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLEn’était pas du tout une borne, comme celles contre lesquelles laraison se heurtait dans l’enseignement universitaire de cetteépoque. Il n’aurait pas, à l’instar de son collègue Kuhnius, coupécourt à toute demande d’explication, par cette réponse solennelle :« C’est la règle ! » variante nouvelle du Magister dixit.
Cependant Thomasius conseilla à Leibniz de s'appliquer, durantun certain temps, à la méthode scolastique, non pour ce qu’ellevalait en elle-même, mais afin de n’être pas arrêté dans la lecturedes écrits de la plupart des philosophes, où Ton rencontrait sou-vent des termes de l’école. L’élève suivit ce conseil et s’en trouvabien. Mais il ne laissa pas de philosopher en particulier dans lasolitude. Un passage extrait d’un recueil de diverses pièces iné-dites, nous donnera le bilan des idées et des progrès de Leibniz ,dans sa première période universitaire.
« J’ai tâché, dit-il, de déterrer et de réunir la vérité ensevelie sousles opinions des différentes sectes des philosophes, et je crois y avoirajouté quelque chose de mieux pour faire quelques pas en avant. Lesoccasions de mes études, dès ma première jeunesse, m’y ont donné dela facilité. Etant enfant, j’appris Aristote , et même les scholastiquesne me rebutèrent point, et je n’en suis point fâché présentement.Mais Platon aussi avec Plotin me donnèrent quelque contentement,sans parler d’autres anciens que je consultai. Peu après, étant éman-cipé des écoles triviales, je tombai sur les modernes, et je me sou-viens que je me promenais seul dans un bocage près de Leipsick,appelé le Rosenthal, à l’âge de 15 ans, pour délibérer si je garderais lesformes substantielles. Enfin, le mécanisme (la mécanique) prévalut, etme porta à m’appliquer aux mathématiques. Il est vrai que je n’entraidans les plus profondes qu’après avoir conversé avec ilf. Huygens, à Paris .Mais quand je cherchai les dernières raisons du mécanisme et deslois mêmes du mouvement, je fus tout surpris de voir qu’il était im-possible de les trouver dans les mathématiques et qu’il fallait retour-ner à la métaphysique. C’est ce qui me ramena aux entéléchies, etdu matériel au formel, et me fit enfin comprendre, après plusieurscorrections et avancements de mes notions, que les monades, ousubstances simples, sont les seules véritables substances, et que leschoses matérielles ne sont que des phénomènes, mais bien fondés etbien liés. C’est de quoi Platon et même les académiciens postérieurset encore les sceptiques ont entrevu quelque chose. Mais ces mes-sieurs, après Platon , n’en ont pas si bien usé que lui. J’ai trouvéque la plupart des sectes ont raison dans une bonne partie de cequ’elles avancent, et non pas en tout ce qu’elles nient. Les forma-listes, comme les platoniciens et les aristotéliciens, ont raison dechercher la source des choses dans les causes finales et formelles.Mais ils ont tort de négliger les efficientes et les matérielles, et d’eninférer, comme faisaient Henri Morus en Angleterre et quelques autresplatoniciens, qu’il y a des phénomènes qui ne peuvent être expliqués