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mécaniquement. Mais, de l’autre côté, les matérialistes, ou ceux quis’attachent uniquement à la philosophie mécanique, ont tort derejeter les considérations métaphysiques et de vouloir tout expliquerpar ce qui dépend de l’imagination. Jeme flatte d’avoir pénétré l’har-monie des différents règnes et d’avoir vu que les deux partis ont raisonpourvu qu’ils ne se choquent point, que tout se fait mécaniquementet métaphysiquement, en même temps, dans les phénomènes de lanature. Il n’était pas aisé de découvrir ce mystère, parce qu’il y apeu de gens qui se donnent la peine de joindre ces deux sortesd’études. M. Descartes l’avait fait, mais pas assez. Il était allé tropvite dans la plupart de ses dogmes; et l’on peut dire que sa philoso-phie n’est que T antichambre de la vérité. Et ce qui l’a arrêté le plus,c’est qu’il a ignoré les véritables lois de la mécanique ou du mouve-ment, qui auraient pu le ramener. M. Huygens s’en est aperçu lepremier, quoique imparfaitement; mais il n’avait point de goût pourla métaphysique. J’ai marqué dans mon livre que, si M. Descartess’était aperçu que la nature ne conserve pas seulement la mêmeforce, mais encore la même direction totale dans les lois du mouve-ment, il n’aurait pas cru que l’âme peut changer plus aisément ladirection que la forcé des corps, et il serait allé tout droit au systèmede l’harmonie préétablie, qui est une suite nécessaire de la conservationde la force et de la direction tout ensemble (1). »
La philosophie qu’enseignait Thomasius était un éclectismeraisonné. Gomme il s’était aperçu que l’attachement opiniâtre auxdoctrines d’une secte quelconque, est le plus grand obstacle auxprogrès de nos connaissances, il publia un abrégé historique desécoles de la Grèce , et arrivant au Cartésianisme, qui commençaità passionner les esprits, il s’attacha à montrer ce qui était àprendre et ce qui était à laisser dans cette nouvelle philosophie.Leibniz avait embrassé ce sage éclectisme, se réservant de levarier encore et de le perfectionner à sa manière. On vient des’apercevoir qu’il ne rend pas tout à fait justice à Descartes . Cepen-dant il procède de lui, et même plus qu’il ne le pense, et il luiemprunte sans aucun déguisement, les explications mécaniques,à l’exclusion des formes substantielles des scholastiques. Mais ilmettait Aristote au-dessus du philosophe français , parce quec’était Aristote qui lui avait fourni son point de départ, le principemétaphysique, qu’il plaçait à l’origine de tout, à savoir la naturemême de l’existence, par laquelle toute, philosophie doitcommencer (1). Il trouvait une différence entre ce point de départet celui de Descartes ; Il faut savoir qu’à l’époque où vint Leibniz ,
( 1 ) Altius oriendum est a notione existentiœ.