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Il s’agissait, comme on le sait, dans cette dispute célèbre, d’unequestion de priorité entre Descartes -et Leibniz , tous delix grandsgéomètres, et tous deux réputés inventeurs du calcul diflérentieLLeibniz avait publié, en 1684, dans les Actes de Leipzig , lesrègles du nouveau calcul, sous le titre de A ovaniethodus, etc. Iroisans après, c’est-à-dire en 1687, Newton publiait le plus impor-tant de ses ouvrages, les Principes mathématiques de la philoso phie naturelle , où il donnait, sous le nom de Méthode des fluxions,les éléments d’un calcul assez semblable au calcul différentiel deLeibniz . Newton ne copiait pas Leibniz . Il était même avéré pardeux de ses lettres écrites à Leibniz lui-même, que, dès l’année1676, il était déjà en possession du nouveau calcul; il était donc,de fait, le premier inventeur. Seulement Leibniz l’avait devancédans la publication de la méthode, sans avoir été alors nullementaccusé par Newton d’être son plagiaire. Ce fut donc à Leibniz quele public continua d’attribuer les honneurs de la nouvelle décou-verte mathématique.
Leibniz jouit paisiblement de cette position pendant vingt ans.C’est alors seulement qu’il s’éleva entre les partisans du savantanglais et ceux du géomètre saxon, une querelle, qui fut très-viveet trop souvent accompagnée d’injures. Comme nous 1 avons ditdans la Vie de Newton , le jugement de cette affaire fut déféré àla Société royale de Londres , qui prononça en faveur de Newton .La sentence allait même jusqu’à faire peser sur Leibniz une im-putation de plagiat.
« Leibniz , dit Fontenelle, avait commencé à travailler à un Com-mercium malliematicum, qu’il devait opposer à celui d'Angleterre. Ainsi,quoique la Société royale puisse avoir bien jugé sur les pièces qu’elleavait, elle ne les avait donc pas toutes, et jusqu’à ce qu’on ait eu cellesde M. Leibniz , l’équité veut qu’on suspende son jugement. »
Ainsi, pour Fontenelle, la cause était encore pendante devantl’opinion publique. Or ces pièces, dont Fontenelle vient de re-gretter l’absence, sont maintenant en partie retrouvées; et ellesdonnent à l’affaire une face toute nouvelle.
Voici la sentence portée par deux juges très-compétentsMM. Biot et Lefort, qui ont publié, en 1856, une nouvelleédition du Commercium Epistolicum, avec toutes les pièces néces-saires à une appréciation impartiale du litige. Cette sentence a