140 . SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
taire en Prusse, et y fit même un assez beau chemin. Il obtint legrade de lieutenant-colonel d’artillerie et la place de directeur dela manufacture d’armes établie à Sisterbek.
Euler , qui avait trouvé à marier honorablement ses deux filles,eut la douleur de les perdre. Ce fut encore pour lui une grandeaffliction; mais du moins, il pouvait se consoler en voyant queles enfants qui restaient étaient heureusement pourvus et déjàen possession d’une nombreuse progéniture.
Dans les premiers jours de septembre 1783, Euler eut quelquesvertiges. Il ne crut pas pour cela devoir quitter le travail dont ilétait occupé, et qui consistait à calculer les mouvements desaérostats, dont l’invention, alors récente, occupait toutes lestêtes. D’après le peu de données que les journaux lui avaientfournies, il vint à bout de déterminer la courbe de ce mouvementpar une intégration difficile, que ce calcul nécessitait.
Le 7 septembre 1783, il se mit à table avec sa famille. Il avaitce jour-là pour convive M. Lexell, savant qui lui prêtait le secoursde ses yeux pour ses travaux, depuis qu’il avait perdu la vue. Ilss’occupaient ensemble de la planète d’Herschell et des calculsqu’il faudrait faire pour déterminer son orbite. Après le repas, levieillard se fit amener son petit-fils, et se mita jouer avec lui, enprenant une tasse de thé. Tout à coup, la pipe qu’il tenait, tombade sa main : «Je meurs! » s’écria-t-il. C’était une attaque d’apo-plexie foudroyante.
Et pour emprunter à Condorcet deux mots qui résument tout :« Euler cessa de calculer et de vivre. »