LES TROIS BERNOUILLI
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illustres frères, nous nous bornerons à cette remarque générale.
Jean n’était pas plus que Jacques destiné par sa famille a lacarrière des sciences. Il naquit à Baie, le 27 juillet 1667. Sesétudes terminées, on l’avait envoyé à Neufchatel, pour y apprendrele commerce. Mais l’amour des sciences, et sans doute un peuaussi l’exemple de son frère, déjà célèbre et en possession, àBâle , d’une chaire, autour de laquelle se pressait un nombreuxauditoire de jeunes gens, le détournèrent du négoce, qui donnequelquefois du profit, mais jamais de gloire. Ses parents ne firentpas, d’ailleurs, de grands efforts pour contrarier son inclination.
Après une année de séjour à Neufchatel, où il avait beaucoupappris le français , mais peu ou point de commerce, il se fitrecevoir bachelier en philosophie.
L’année suivante il obtint le grade de maître-ès-arts, et pro-nonça, dans cette circonstance, un discours en vers grecs sur cettethèse politique : Les princes sont faits pour leurs peuples.
Ce discours composé en vers grecs peut sembler bizarre; maisil faut y voir la preuve que l’enseignement classique donné versla fin du xvii c siècle, dans la ville de Bâle , même aux enfantsqu’on destinait au commerce, n’était pas jugé d’autant meilleurqu’il était plus court. Cette dernière manière d’entendre l’instruc-tion de la jeunesse était réservée à la France de nos jours.
Jacques Bernouilli avait été frappé de l’intelligence précoce deson jeune frère. Nous avons déjà vu qu’il s’était chargé de soninstruction dans les sciences mathématiques. Il remplit cettetâche avec d’autant plus de zèle, qu’il voyait dans ce jeune hommeun futur compagnon de ses travaux, capable de l’aider bientôt àperfectionner une science à laquelle il avait donné sa vie. Guidépar un tel maître, Jean se mit à lire tous les ouvrages les plusdifficiles en mathématiques. Il les comprenait si bien et si vitequ’une telle étude lui semblait plutôt un amusement qu’untravail.
Cependant les mathématiques ne l’occupaient pas exclusive-ment. *11 menait de front, avec leur étude, celles de la médecineet de la physique, qui, à cette époque, ne faisait pas encore unescience bien distincte de la chimie.
Comme le phénomène chimique de la fermentation l’avaitfrappé, il chercha à en découvrir la cause. Les savants duxviL e siècle s’étaient fait de ce phénomène une idée toute méca-