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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
nique, puisée dans les idées de Descartes . Us l’attribuaient aumélange des acides et des alcalis, deux sortes de molécules, dontles unes présentaient, disaient-ils, la forme de pointes, tandis queles autres étaient percées d’une quantité infinie de pores. Lespointes pénétrant dans les pores, mettaient obstacle au cours de lamatière subtile, qui dès lors, pour reprendre sa liberté, agitaitle corps dans tous les sens ! Voilà un échantillon des idées géné-rales de la chimie au xvm e siècle.
Jean Bernouilli entreprit de réformer ce système, mais il engarda la bonne moitié. Il laissa subsister les molécules contraires,les acides et les alcalis ; seulement il les conçut comme étant rem-plies d’un air condensé, qui, au moment où les molécules opposéess’insinuent les uns dans les autres et se brisent en se heurtant,se dilate, par l’effet de son élasticité, et se manifeste au dehors,en produisant une infinité de bulles à la superficie du liquide.
De pareilles conceptions feront sourire les chimistes de nosjours.
Quoi qu’il en soit de l’explication théorique, les expériencesauxquelles Jean Bernouilli se livra pour l’établir, ne furentpas perdues pour la science. Bernouilli avait reconnu que lespremières bulles qui se dégagent de l’eau chauffée, ne sontque de l’air, et que les poissons ne peuvent pas vivre dans l’eaubouillie, parce que, pour vivre, ils ont besoin de respirer, commetous les autres animaux. Il avait reconnu que tout en étant plon-gés dans l’eau, les poissons ne respirent véritablement que de l’air,car cet air est séparé du liquide au moyen de leurs branchies.Notons, en passant, que cette découverte fut attribuée plus tard, àgrand tort, à d’autres observateurs, tels que Sennebier, Spallan-zani, voire même, de nos jours, Provençal.
Jean Bernouilli constata encore l’existence d’un gaz dans lacraie; il réussit à recueillir ce gaz en faisant plonger dans un petitbassin, à moitié plein d’une liqueur acide, une éprouvette rempliede cette liqueur, et ayant son extrémité renversée dans la cuvette.L’appareil ainsi disposé, il introduisit dans le bout intérieur etouvert de l’éprouvette un morceau de craie, et il vit aussitôt,par suite de la décomposition de la craie, provoquée par l’acide, sedégager une infinité de bulles gazeuses, qui chassèrent l’eau del’éprouvette, pour prendre sa place.
Par une autre expérience qu’il fit sur la poudre à canon, Jean