LES TROIS BERNOUILLI 157
dit le quatrain de Voltaire , mais qu il avait aussi de bien mauvaismoments.
Daniel, suivant l’engagement qu’il avait pris avec sa famille,suivit avec assiduité ses études médicales, et obtint le grade de doc-teur. Il se rendit même en Italie , pour étudier a fond les diversesbranches de l’art de guérir, sous Micholetli et Morgagni , deuxcélébrités du temps. Le premier de ces personnages était meme unmathématicien distingué.
Dans une dispute qu’il eut, en Italie , avec quelques géomètres,ses compatriotes, Daniel se défendit avec beaucoup de force etd’habileté, et s’acquit ainsi une sorte de renommée.
Il avait à peine vingt-quatre ans, lorsqu’on lui proposa laprésidence d’une académie qui venait d’être fondée à Gênes . Il larefusa. Nous savons déjà comment l’année suivante, il partit pourSaint-Péterbourg, accompagné d’un frère, qu’il y perdit au boutde quelques mois. Nous avons vu aussi qu’après avoir attiré dansce pays son émule et son ami, Léonard Euler , il se lassa du séjouret surtout de la politique de la Russie , et revint, au bout de peude temps, dans la ville de Bàle, où sa famille vivait heureuse ethonorée.
Il y revenait comme professeur de mathématiques, car tellesétaient les fonctions qu’il avait exercées à l’académie de Saint- Pétersbourg . Cependant, ce fut une chaire de médecine qu’iloccupa d abord à rUniversité de Bàle . Il obtint plus tard la chairede physique, à laquelle on adjoignit une chaire de philosophie.
Voilà donc Daniel Bernouilli tout à fait lancé dans la carrièredes sciences, travaillant à côté de son père, et quelquefois avec lui,non sans profit. Nous pouvons produire sur ce point, un témoi-gnage aussi décisil que curieux: c’est une lettre adressée par JeanBernouilli à l’académie des sciences de Paris, pour réclamer leprix que son fils et lui ont remporté en commun.
«•Je suis fort sensible à la gloire, écrivait-il à de Mairan, secrétaireperpétuel de l’académie des sciences de Paris, mais vous savez qu’ilfaut quelque chose de plus solide pour faire bouillir la marmite. »
Aussi, dit M. Joseph Bertrand (1), lorsqu’il recevait le prix, nenégligeait-il aucun soin pour recevoir, par la voie la plus avanta-geuse, la somme qui lui revenait.
(1) L’académie des sciences et les académiciens de 1086 à 1793, in-8, Paris , 1808.