FONTENELLE
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type de la vertu ou de la qualité par laquelle il se recommandait leplus. Tous ces petits poèmes étaient écrits en latin. Le jeune Fon-tenelle s’exercait à les traduire en vers français , et de temps entemps, il en composait lui—meme en latin, et avec succès. Celuiqu’il lit à 1 âge de treize ans, sur Y Immaculée Conception, transportad’admiration ses maîtres. L’abbé T rublet lui-même, dont le juge-ment est plus désintéressé, nous signale cette composition commedigne de mémoire. Lieu nous garde d en contester le mérite, maisnous avons hâte de voir Fontenelle dans une gloire moinsobscure.
Quand l’élève des Jésuites eut achevé sa physique, science qui fai-sait alors partie des cours de philosophie, il commença à étudierle droit, par déférence pour son père, qui, à l’exemple de la plu-part des pères, ne comprenait pas pour son fils de profession plusconvenable que la sienne. Fontenelle poussa même la docilitéjusqu’à se faire recevoir avocat. 11 exerça ce métier juste le tempsnécessaire pour perdre sa première cause.
Cette satisfaction étant accordée aux exigences paternelles, onle tint quitte, et dès lors notre jeune homme put se livrer sans con-trainte à la littérature et à la philosophie, entre lesquelles devait separtager sa vie.
Ses premiers essais littéraires, quand il eut renoncé aux pali-nods , étaient empreints d’un certain esprit d’indépendance. Fon-tenelle était libertin, ce qui, dans le langage du temps, équivalaità notre mot de libre penseur. Cette manière de voir les choses étaitdiversement appréciée autour de lui. Il ne nous apprend pas lui-même ce que pensait Monsieur son père, en trouvant dans sa mai-son un libre penseur aussi précoce, mais il nous le laisse deviner.11 est plus explicite sur sa mère.
* Mon père, dit Fontenelle, était une bête (sic), mais ma mère avaitbeaucoup d’esprit; elle était quiétiste; c’était une petite femme douce,qui me disait souvent : « Mon fils, vous serez damné. » Mais cela nelui faisait pas de peine. »
Il est bon de remarquer ici que l’esprit philosophique deFontenelle ne lui fit pas perdre l’amitié des Jésuites , tant il savaitd’’à mettre d’adresse et de mesure dans l’expression de ses idées.STI y a des dons innés dans l’esprit, comme le veulent les philo-sophes de l’école de Leibniz , il faut reconnaître que celui de Fon -