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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
l’idée d’un homme assez ordinaire. Sa mère s’appelait MartheCorneille, et elle était la propre sœur des deux poètes qui ontillustré ce nom. C’était une femme vraiment distinguée, et de beau-coup d’esprit, nous dit Fontenelle lui-même, qui ajoute : « Je luiressemblais, et je me loue en le disant. »
Fontenelle aimait donc beaucoup sa mère, et de plus il en étaitfier. Il l’était aussi de sa parenté avec l’auteur du Cid. Du reste,on ne connut jamais d’autre vanité à Fontenelle, et il ne fait quese rendre justice quand il dit de lui : « De tous les titres de ce» monde, je n’en n’ai jamais eu que d’une espèce, des titres» d’académicien, et ils n’ont été profanés par aucun titre plus» mondain et plus fastueux. » Dédaignant toute espèce d’hon-neurs, comme le prouva sa vie entière, Fontenelle ne pouvait êtreindifférent à l’illustration littéraire qu’il trouvait dans sa famille,et qu’il était destiné à continuer.
Le fils de Marthe Corneille eut pour parrain son oncle Thomas Corneille , plus jeuneque l’auteur des Horaces de près de vingt ans.Il reçut le prénom de Bernard, parce qu’il était né dans le voisi-nage d’un couvent de Feuillants, et que ces religieux étaient desBernardins. Il fut même voué à la Vierge et à saint Bernard, etporta la robe de Feuillant jusqu’à l’âge de sept ans, suivantl’usage, qui était alors assez répandu, de faire revêtir aux enfantsl’habit de quelque ordre religieux.
Parvenu à cet âge, Bernard fut confié aux Jésuites de Rouen ,dans la même maison où avait été déjà élevé Pierre Corneille . Ily fit de très-brillantes études, et sans doute il s’v distingua aussipar d’autres mérites.
On sait que les Jésuites ont l’habitude d’écrire, à côté du nomde chaque élève, une note, qui est, en quelque sorte, un portraitou un jugement. La note qui concerne Fontenelle, était ainsi con-çue : Adolescens omnibus partibus absolutus , et inter discipulos prin-ceps (jeune homme accompli à tous égards et le premier de sa classe ).Un peu différente était la note qu’un autre homme célèbre dumême siècle, Crébillon, méritait, quelques années plus tard, chezles Jésuites de Dijon : Puer quidem ingeniosus, sed insignis nebulo(enfant plein d’esprit, mais franc polisson).
A cette époque, les Jésuites composaient beaucoup de palinods.C’étaient des espèces d’hymnes sur des sujets religieux ou mo-raux, quelquefois l’éloge d’un personnage connu, pris comme