FONTENELLE
165
Pendant les premières années de sa carrière littéraire, il n eutpas d’autre domicile, ou pour mieux dire, d autre pied-à-terre ;car il ne faisait qu’aller et venir de Paris à Rouen et de Rouen à Paris . Mais c’était à Rouen qu il composait ses ouvrages lesplus importants, comme avait fait avant lui son oncle, Pierre Corneille .
Rappelons à cette occasion, que le grand poète dont leschefs-d’œuvre excitaient l’enthousiasme de la Cour et de la ville,pour parler comme Boileau , attendit longtemps un siège à l’Aca démie française , par cette raison qu’il demeurait à Rouen , et queles statuts de la Compagnie exigeaient la résidence à Paris . Dureste, Pierre Corneille ne se souciait pas du titre d’académicien aupoint de vouloir changer ses habitudes, et après un an ou six mois,passés bourgeoisement « dans le sein de sa ville » (1), il se mettaiten route, le plus souvent à pied et un bâton à la main, et apportaità Messieurs de la Comédie française une pièce nouvelle, quis’appelait Horace, Cinna ou Polyeucte.
Son neveu, Fontenelle, revint aussi un jour de Rouen , ayanten portefeuille une tragédie. Seulement elle ne valait pas le Cid .C'était Aspar, qui, suivant l’épi gramme bien connue de Racine,aurait fourni au parterre l’occasion d’inventer le sifflet. Passepour une épigramme ; mais Racine eut le tort de revenir à lacharge par ces couplets mordants :
Adieu, ville peu courtoise,
Où je veux être adoré.
Aspar est désespéré.
Le poulailler de Pontoise Me doit ramener demainVoir ma famille bourgeoise,
Me doit ramener demainUn bùton blanc à la main;
Mon aventure est étrange,
On m’adorait à Rouen Dans le Mercure galant,
J’avais de l’esprit comme un ange;Cependant je pars demainSans argent et sans louange ;Cependant je pars demainUn bâton blanc à la main.
(1) Hémistiche d’un vers de Cinna.