Buch 
5 (1870) Savants du XVIIIe siècle : Newton, Leibniz, D'Alembert, Euler, Bernouilli, Fontenelle, Linné, Boerhaave, Haller, Spallanzani, Jussieu, Réaumur, Buffon, Condorcet, Rouelle, Lavoisier / par Louis Figuier
Entstehung
Seite
171
JPEG-Download
 

FONTENELLE

171

semble. Heureusement ils se divisèrent sur la question, et le bruitsassoupit. Mais longtemps après, le fougueux Le Tellier, devenuconfesseur du vieux Louis XIV , dénonça le livre; et 1 auteur sevit au moment davoir une méchante affaire. Heureusement, cefut encore une fausse alerte.

Qui lit avorter cette tentative du jésuite tout-puissant? Nousallons trouver le mot de lénigme chez Condorcet, dans les pre-mières lignes de lÉloge du marquis de Panltny (dArgenson) :

a Vers la ûu du règne de Louis XIV , M. dArgenson, lieutenant depolice, eut plus dune fois, dit Condorcet, le courage de défendre leshommes que leurs lumières et leur franchise rendaient odieux auxgens qui disposaient alors de la conscience du monarque. Ils nosaientni offenser, ni attaquer un magistrat qui, instruit par sa place dudétail de leurs intrigues, aurait pu les déshonorer ou les perdre; etil se servit de cette crainte pour leur arracher quelques victimes.M. de Fontenelle fut le plus illustre; le Père Le Tellier voulait lepunir davoir osé, dans Y Histoire des Oracles , combattre lopinion dunjésuite. Une plaisanterie échappée à la jeunesse du philosophe etoubliée depuis vingt ans, servit à cacher le véritable motif de la per-sécution, et, sans le courage de M. dArgenson, lui eût coûté laliberté, le repos, et peut-être la gloire que dans la suite il acquit parses paisibles travaux. »

Ainsi Fontenelle dut son salut à ce que le lieutenant de police,dArgenson, fit taire les Jésuites . Voilà un petit détail aussiplaisant quinstructif.

Nous venons de dire que les théologiens étaient divisés sur ladoctrine établie à lendroit des démons, dans lHistoire des oracles,de Fontenelle. Lesprit philosophique, dont Fontenelle fut enFrance le premier organe, commençait donc à gagner un peu toutle monde. Ajoutons que lauteur trouva, non pas tout à fait desapologistes, mais des défenseurs officieux, parmi les Jésuites eux-mômes. Les amis quil avait conservés dans la compagnie de Jésus , plaidèrent, ou firent plaider les circonstances atté-nuantes, dans le Journal de Trévoux. Fort de cette protection,Fontenelle avait pu se débarrasser dune façon assez gaillarde duncertain Baltus, jésuite de Strasbourg , qui le harcelait sans cesse,comme sil eût espéré, en multipliant les attaques, se faire un nomaux dépens du repos de notre philosophe.

« Je ne répondrai point, dit Fontenelle , au jésuite de Strasbourg , quoi-que je ne croie pas lentreprise impossible; mais Y Histoire de lacadémie