Buch 
5 (1870) Savants du XVIIIe siècle : Newton, Leibniz, D'Alembert, Euler, Bernouilli, Fontenelle, Linné, Boerhaave, Haller, Spallanzani, Jussieu, Réaumur, Buffon, Condorcet, Rouelle, Lavoisier / par Louis Figuier
Entstehung
Seite
185
JPEG-Download
 

FONTENELLE

185

pleura un jour, ce qui prouva que cet homme de marbre avait uncœur, en dépit des affirmations contraires de ses amis.

Fontenelle avait laissé à Rouen un camarade denfance, nomméBrunei . Cétait un de ces amis de collège à qui lon prête de lar-gen t et que lon nen aime pas moins pour cela. Donc un jour, lamiBrunei écrit, de Rouen , à lami Fontenelle, à Paris , ces simplesmots : « Vous avez mille écus, envoyezles-moi! » Et Fontenellede répondre : « Lorsque jai reçu votre lettre, jallais placermes mille écus, et je ne retrouverai pas aisément une si belleoccasion ; voyez donc ce que je dois faire. » Toute la réponsede Brunei fut : « Envoyez-moi vos mille-écus ! »

Fontenelle sut un gré infini à son ami de ce la-conisme et decette confiance assurée dans son amitié. Il envoya les mille écus.Or, en 1711, ce Brunei mourut. On vit alors Fontenelle verserde véritables larmes. Longtemps après, il était encore inconso-lable de cette perte, et on lui a souvent entendu dire : « Sanscette mort, le reste'de ma vie eût tourné autrement. »

Il est évident que Fontenelle nest plus ici lbomme dont lamarquise de Lambert, une de ses amies, traçait le portraitsuivant :

« Nul sentiment ne lui est nécessaire; il est libre et dégagé, aussine sunit-on quà son espiit et on échappe à son cœur. Il ne demandeaux femmes que le mérite de la figure ; dés que vous plaisez à sesyeux cela sullit, et tout autre mérite est perdu. »

Quest-ce que la marquise de Lambert voulait donc que Fon­ tenelle lui demandât de plus?

M m ° Geoffrin décrit peut-être mieux le philosophe en deuxlignes : « Fontenelle porte dans la société tout ce quon peut yporter, excepté ce degré dintérêt qui rend malheureux. » Ail-leurs, M me Geoffrin donne à Fontenelle un cœur bon, mais très-paresseux. Elle nous raconte comment elle sy prenait pour sti-puler et tirer de notre philosophe, qui était riche, quelque bonnes °mme pour un artiste ou un homme de lettres malheureux.

Tout cela prouve, comme dit Montaigne , « que lhomme est°ndoy an t et divers » et que les femmes ne connaissaient peut-êtrepas Lien Fontenelle.

Les portraits que les hommes nous ont laissés de lui, sem-blent approcher davantage delà ressemblance. Il résulte de leurs