FONTENELLE
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pleura un jour, ce qui prouva que cet homme de marbre avait uncœur, en dépit des affirmations contraires de ses amis.
Fontenelle avait laissé à Rouen un camarade d’enfance, nomméBrunei . C’était un de ces amis de collège à qui l’on prête de l’ar-gen t et que l’on n’en aime pas moins pour cela. Donc un jour, l’amiBrunei écrit, de Rouen , à l’ami Fontenelle, à Paris , ces simplesmots : « Vous avez mille écus, envoyezles-moi! » Et Fontenellede répondre : « Lorsque j’ai reçu votre lettre, j’allais placermes mille écus, et je ne retrouverai pas aisément une si belleoccasion ; voyez donc ce que je dois faire. » Toute la réponsede Brunei fut : « Envoyez-moi vos mille-écus ! »
Fontenelle sut un gré infini à son ami de ce la-conisme et decette confiance assurée dans son amitié. Il envoya les mille écus.Or, en 1711, ce Brunei mourut. On vit alors Fontenelle verserde véritables larmes. Longtemps après, il était encore inconso-lable de cette perte, et on lui a souvent entendu dire : « Sanscette mort, le reste'de ma vie eût tourné autrement. »
Il est évident que Fontenelle n’est plus ici l’bomme dont lamarquise de Lambert, une de ses amies, traçait le portraitsuivant :
« Nul sentiment ne lui est nécessaire; il est libre et dégagé, aussine s’unit-on qu’à son espi’it et on échappe à son cœur. Il ne demandeaux femmes que le mérite de la figure ; dés que vous plaisez à sesyeux cela sullit, et tout autre mérite est perdu. »
Qu’est-ce que la marquise de Lambert voulait donc que Fon tenelle lui demandât de plus?
M m ° Geoffrin décrit peut-être mieux le philosophe en deuxlignes : « Fontenelle porte dans la société tout ce qu’on peut yporter, excepté ce degré d’intérêt qui rend malheureux. » Ail-leurs, M me Geoffrin donne à Fontenelle un cœur bon, mais très-paresseux. Elle nous raconte comment elle s’y prenait pour sti-puler et tirer de notre philosophe, qui était riche, quelque bonnes °mme pour un artiste ou un homme de lettres malheureux.
Tout cela prouve, comme dit Montaigne , « que l’homme est°ndoy an t et divers » et que les femmes ne connaissaient peut-êtrepas Lien Fontenelle.
Les portraits que les hommes nous ont laissés de lui, sem-blent approcher davantage delà ressemblance. Il résulte de leurs