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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
dans son fils, le mit en apprentissage chez un cordonnier, NicolasLinnœus était-il au moment de prendre ce rigoureux parti lors-qu’il alla consulter le docteur Rothmann, qui l’aurait détourné dedonner au jeune Charles une profession manuelle? Cela pourraitêtre, mais le fait n’est pas mentionné dans les Mémoires autographesde Linné, traduits par M. Fée, et auxquels nous empruntons, de pré-férence, les détails sur la vie du savant que nous avons à peindre.
Cependant le moment était venu pour le jeune étudiant, de serendre à l’académie de Lund , avec tous ses camarades. Le recteurdu gymnase, Nicolas Krok (son nom vaut bien la peine d’êtreconservé), délivra au jeune élève, sortant des classes, un certificat(testimonium acaclemicum ) très-défavorable. 11 est curieux de lirecette pièce pédagogique, quand on compare l’obscurité de celuiqui l'écrivit à l’éclat immense que devait jeter un jour celui quien était l’objet.
i Les étudiants, dit Nicolas Krok, peuvent être comparés auxarbres d’une pépinière. Souvent parmi les jeunes plants il s’en trouvequi, malgré les soins qu’on a pris de leur culture, ressemblent abso-lument aux sauvageons; mais si plus tard on les transplante, ilschangent de nature et portent parfois des fruits délicieux. C’est uni-quement dans cette espérance que j’envoie ce jeune homme à l’aca-démie, où, peut-être, untfiutre air favorisera son développement. »
Arrivé à Lund , Charles Linné entra, en qualité de pension-naire, chez Stobœus, médecin qui devint plus tard professeurà l’université.
Ce dernier ne soupçonna rien d’abord des talents du jeunehomme, mais plus tard il devint son protecteur et son ami.
Charles Linné eut chez Stobœus, la jouissance d’une petitecollection de productions des trois règnes de la nature, ainsi quecelle d’un herbier de plantes, dont il ignorait même le nom. Lejeune homme eut bientôt fait, sur ce modèle, un herbier de toutesles plantes qui croissaient dans les environs de Lund .
En 1728, herborisant dans ces contrées, et ayant quitté sonhabit et sa veste, à cause de la grande chaleur, notre jeunebotaniste fut piqué au bras, par un insecte dangereux, Il re-tourna en toute hâte chez Stobœus, qui se hâta de le saigner.Mais obligé, à son grand regret, de s’absenter, Stobœus leconfia, dans un état presque désespéré, aux soins d’un chirurgien,nommé Snell. Ce dernier pratiqua une incision, qui allait depuis