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pas amenées , s’étaient produites jusque-là sous l’inspirationdes préceptes de l’art hermétique. A peine par intervalles, quel-ques hommes de génie, appartenant à l’époque de la Renais-sance ou au commencement du xvn e siècle, avaient élevé leurvoix contre l’entraînement de la doctrine qui égarait toutes lesintelligences de l’Europe . L’éclair de ces vérités inutiles étaitvenu s’éteindre dans les ténèbres de l’ignorance universelle.Enfin, dans les premières années du xvn e siècle, grâce au géniedes Robert Boyle , des Van Helmont , des Nicolas Lefèvre, des Lé-mery, s’éleva une chimie plus sérieuse. L’empirisme alchimiquese trouva alors frappé au cœur. Si, longtemps encore, les pratiquesde l’alchimie furent poursuivies dans l’ombre, ce ne fut désormaisque l’effet d’une persistance individuelle, s’isolant opiniâtrémentdes notions généralement professées, et privée de tout appui scien-tifique.
Tel était l’état de la chimie à l’époque où Stahl apparut.
G.-Ernest Sthal, qui vivait à la cour de Berlin vers 1716, estun des plus rares esprits qui aient illustré les sciences. Une des-tinée bizarre attendait ce grand homme : il était appelé à produiredans la chimie et dans la médecine,à la fois, une révolution inat-tendue, et par une fatalité singulière, l'honneur de ce doubletriomphe devait lui être ravi. Sa doctrine physiologique, modifiéepar Barthez et plus tard par Bichat et son école, allait produire, àtravers bien des fortunes diverses, une réforme profonde dans l’es-prit des idées médicales. En chimie, soir système, simplementretourné par Lavoisier , allait mener tout droit à notre science ac-tuelle. Ainsi, toujours son génie malheureux devait tendre aubut sans le loucher, toujours s’engager dans la voie certaine ets’égarer à l’issue. Stahl était d’un caractère mélancolique, tournantà la contemplation et au mysticisme. Avait-il comme 'une révéla-tion secrète des destinées que l’avenir réservait à ses concep-tions?
Stahl créa le premier un système de chimie. Il rendit ainsi àla science naissante un service dont l’importance et l’étenduen’ont jamais été assez hautement proclamées. Avant lui, nullesrègles précises universellement reconnues, l’interprétation des laitsenfermée dans le cercle d’un mysticisme obscur, ou dominée parl’influence métaphysique ; les faits épars, disparates, incohérents;nul lien commun ne permettant de rattacher l’un à l’autre ces