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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
faits et ces explications partielles, aucune de ces grandes vuesauxquelles l’esprit aime à s’élever pour embrasser l’ensemble etla diversité des choses. C’est alors que rassemblant tous les faitsacquis par l’expérience des siècles, Stahl parvint à saisir leursressemblances réelles, à effacer leurs analogies apparentes, àdécouvrir leurs rapports naturels. Ces rapports furent, d’ailleurs,si sûrement établis, que plus tard, quand les vues théoriquesfurent changées, ils subsistèrent sans altération. Enfin, le prin-cipe essentiel de son système fut si nettement et si clairementétabli, que, présentant un but toujours saisissable aux progrèsde la controverse, il dut par là hâter singulièrement l’avéne-ment d’une doctrine opposée.
Dans une science qui se forme, les systèmes, même les plus im-parfaits, ont cela de bon qu’ils hâtent l’arrivée de la théorievéritable. Stahl est le créateur de la chimie, parce que, le premier,il la réduisit en système.
La doctrine de Stahl, en dégageant la chimie de l’influencede l’alchimie, apporta dans cette science une réforme en touspoints correspondante à celle que Descartes avait accomplie dansla physique de son temps. Descartes avait ramené la physique àson terrain naturel. Dans tous les grands phénomènes de l’uni-vers, Keppler lui-même n’avait osé reconnaître que l’influenceocculte des âmes; Descartes , le premier, y plaça l’idée simpled’un mécanisme. En même temps, il émit, avec sa théoriedes tourbillons, un système qui rattachait ensemble presquetous les faits du monde physique. Le système des tourbillons deDescartes et le système de phlogistique de Stahl, qui agitèrent sivivement les esprits, au xvn e siècle, se confondent à la fois par leurorigine, par leur essence philosophique, et par leur influenceprofonde sur le développement postérieur des sciences. Elles si-gnalent dans l’esprit humain une marche uniforme, et marquentdans l’histoire de ses progrès une période identique. La théoriedes tourbillons prépara et rendit possible celle de l’attraction ; lathéorie du phlogistique provoqua et nécessita la doctrine chi-mique actuelle. Dans le monde intellectuel, Descartes est l’in-troducteur de Newton , comme Stahl est l’introducteur deLavoisier .
Peu de mots vont suffire pour donner une idée assez complètede la doctrine chimique de Stahl. Elle est, en effet, d’une remar-