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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
ce qu’il établit au chapitre xvi, intitulé : Responce formelle à lademande pourquoi l’estain et le plomb augmentent de poids quandon les calcine (1).
Lavoisier n’eut pas, dit-on, connaissance de l’ouvrage de Jean Rey , qui tomba promptement dans l’oubli, et dont il n’existait plusque deux exemplaires de son temps. Cependant il ne put ignorerun mémoire publié en 1774, par Tillet, dans les collections del’académie, sous ce titre : Sur l’augmentation réelle de poids quia lieu dans le plomb converti en litharge.
Nous ajouterons que le fait de l’augmentation de poids des mé-taux avait déjà été constaté en Angleterre par Priestley , et enFrance par Baume. Bien plus, ce dernier avait décomposé l’oxydede mercure, et presque réalisé, avant Lavoisier , la découvertede l’oxygène.
Toutefois, que Lavoisier ait ou non connu les observations dontil s’agit, la circonstance est assez indifférente pour sa gloire ; carson mérite a bien moins consisté dans la découverte des faits, quedans leur brillante interprétation théorique. On l’admirera tou-jours comme philosophe; mais comme expérimentateur il a eu desrivaux, et pour le nombre des découvertes, il a été souventdépassé. Rien ne montre mieux, d’ailleurs, toute la distance qui lesépare, pour la force de la pensée, de ses contemporains et de sesprédécesseurs, que de rappeler comment le reste des chimistesinterprétaient le fait de l’augmentation du poids des métaux, quiservit de base à toute sa doctrine. Stahl le mentionne en passant,et sans se douter du rude coup qu’il porte à sa théorie. Scaliger le trouve fort simple; les métaux, dit-il, augmentent de poidspar la perte de leurs parties aériennes , de même que les tuilesaugmentent de poids par la cuisson. Il confond ainsi, par uneméprise étrange, le poids et la densité. Au xvi° siècle, Cardandisait sérieusement : « Un métal calciné est un cadavre, car ila perdu sa vie métallique. Or, ajoutait-il, un cadavre pèse plusque l’animal en vie. » « Le phlogistique ne pèse pas vers le» centre de la terre , disait Venel, dans les leçons de chimie qu’il» donnait à Montpellier , il tend à s’élever ; de là l’augmentation de» poids des métaux qui perdent leur phlogistique. » A son exemple,Guyton de Morveau faisait du phlogistique un petit aérostat qui
(1) Essais de Jean de Rey, avec notes Gobet , page-66.