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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
les grandes questions de la chimie, et il avait éclairé tous ces faitsde la manière la plus vive. Dans ce long intervalle, il n’avait pro-noncé qu’une fois le nom du phlogistique, se bornant à mon-trer que les faits pouvaient s’expliquer sans son intervention.Mais rien maintenant ne justifiait plus sa réserve, et il fallaitentraîner, par une discussion ouverte, les convictions qui com-mençaient à fléchir. C’est alors qu’il publia ses Réflexions sur lephlogistique, dont l’effet fut décisif.
Il faudrait pouvoir citer dans son entier cet écrit mémorable,ce chef-d’œuvre de logique. On y trouverait un exemple du stylede Lavoisier , ce style simple, ferme et grave, élégant malgrétout et qui seul convient à la science.
Lavoisier commence par rappeler, en quelques mots, l’ensemblede ses découvertes antérieures ; il ajoute ensuite :
1 Mais si tout s’explique en chimie d’une manière satisfaisante,sans le secours du phlogistique, il est par cela seul infiniment pro-bable que ce principe n’existe pas; que c’est fin être hypothétique,une supposition gratuite : et, en effet, il est dans les principes d’unebonne logique de ne pointmultiplierles êtres sans nécessité. Peut-êtreaurais-je pu m’en tenir à ces preuves négatives, et me contenter d’a-voir prouvé qu’on rend mieux compte des phénomènes sans phlogis-tique qu’avec le phlogistique ; mais il est temps que je m expliqued’une manière plus précise et plus formelle sur une opinion que jeregarde comme une erreur funeste à la chimie, et qui me paraît enavoir retardé considérablement les progrès par la mauvaise manièrede philosopher qu’elle y a introduite. »
Il rend alors une éclatante justice aux découvertes de Stabl,et rappelle tout ce que la science a reçu des travaux du patriarchede la chimie.
Mais ce n’était plus aux pures idées de Stabl que Lavoisier avait affaire. Comme nous l’avons dit en commençant, tous les'chimistes avaient façonné à leur usage l’antique doctrine ; de làune multitude dephlogistiques , qui n’avaient de commun quele nom et le secret de rester invisibles à tous les yeux. Lavoisier expose donc toutes ces interprétations nouvelles; il les discutesuccessivement, et chacune d’elles vient tomber à son tour sousles coups de son inflexible logique. Il s’écrie enfin :
Toutes ces réflexions confirment ce que j’ai avancé, ce que j’avais