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dans une voie nouvelle, et les sympathies n’ont jamais manqué auxsouvenirs de sa destinée malheureuse et célèbre. Nous allons doncessayer de recomposer les traits essentiels de cette calme et nobleexistence, si déplorablement, si prématurément arrêtée.
Antoine-Laurent Lavoisier naquit à Paris , en 1743, et il eut àsa naissance une première et rare fortune. Son père, homme d’unjugement élevé et sûr, découvrit de bonne heure les qualités bril-lantes et la portée de son esprit, et mit dès lors les soins les plusassidus à en favoriser le développement.
Au sortir du Collège Mazarin , où il avait obtenu de grandssuccès, le jeune Lavoisier fut initié à presque toutes les sciencesexactes. Bernard de Jussieu lui enseigna la botanique, l’abbéLacaille les mathématiques et l’astronomie. Il prenait part auxtravaux de l’observatoire du Collège Mazarin , qui, construit parl’abbé Lacaille, fut conservé par Lalande, et détruit si mal àpropos sous l’Empire, quand l’Institut fut placé au palais desQuatre-Nations.
Un homme qui a laissé quelques souvenirs par son zèle remar-quable pour la science, Guettard , auquel nous devons le premieressai d’une carte géologique de la France, lui inspira, par ses le-çons, le goût le plus vif pour les expéditions géographiques. La voisier étudiait surtout avec une grande ardeur la géologie, sciencequi, à raison de sa nouveauté et du libre champ qu’elle laisse auxprévisions de l’intelligence, offrait un vif attrait à l’activité de sonesprit.
Enfin ce fut dans le laboratoire de Rouelle qu’il fit ses premièresarmes, comme chimiste.
En même temps qu’il lui fournissait les moyens de se livrer àson penchant pour les sciences, le père de Lavoisier , qui avait ac-quis dans le commerce une grande fortune, le laissait libre sur lechoix de son état, et loin de l’enfermer dans le cercle d’unecarrière rétrécie, il lui abandonnait entièrement l’emploi et ladirection de son temps.
A peine Lavoisier eut-il mis le pied sur le terrain des sciences,que, se sentant placé sur son véritable domaine, il voua à leurétude son existence entière, et commença à s’y livrer avec une ar-deur dont son âge offre bien peu d’exemples. La position de safamille l’obligeait à établir dans le monde des relations qui lui