482
SAVANTS DU DIX-HUITIÉME SIÈCLE
d’un jour effrayant; il est intitulé : Rapport sur l’état des financesau 1 er janvier 1792, par un député suppléant de l’assemblée consti-tuante.
En 1791, il fit connaître une partie de ses vues sur l’économiepolitique, en publiant son traité de la richesse territoriale de laFrance , dont l’assemblée constituante décréta l’impression auxfrais de l’État. Ce petit résumé est un modèle véritable de la clartéet de la précision avec lesquelles il convient de présenter les con-sidérations d’économie publique. Ce n’était pourtant que l’ébauched’un grand ouvrage dont le plan était disposé, les matériaux dis-tribués, et qu’il devait faire paraître plus tard.
L’académie des sciences le désigna, en 1792, comme l’un desmembres de la commission qui s’occupait de créer le systèmemétrique actuel applicable tout à la fois aux poids et aux mesures.Lavoisier prit une grande part aux premières recherches de cettecommission célèbre, car il trouvait là une occasion brillante d’ap-pliquer son talent si remarquable pour les expériences de physi-que, et de mettre à l’épreuve la rectitude et la sûreté de sonjugement. Nul doute que s’il eût assez vécu pour voir mener àfin cette belle entreprise scientifique, il n’eût suggéré des moyensplus faciles de répandre dans le vulgaire le système nouveau,trop enopposition, à cette époque, avec les habitudes nationales.
Mais il n’était pas réservé à Lavoisier de consacrer plus long-temps son existence au service de son pays. Les événements quidevaient si tristement en précipiter le terme, arrivèrent au momentoù il s’occupait à publier la collection complète de ses mémoires.On commençait, en effet, parmi les savants, à perdre un peu devue le souvenir de ses créations scientifiques; et sa doctrine,désignée alors sous le nom de doctrine des chimistes français , sem-blait, en confondant le nom de l’inventeur avec ceux des chimistesde son école, lui enlever en partie la gloire de son œuvre.L’injustice était grave, et il s’y montra sensible :
« Cette doctrine, écrivait-il en 1793, n’est pas, comme je l’en-« tends dire, la doctrine des chimistes français : elle est la» mienne; et c’est une propriété que je réclame auprès de mes* » contemporains et de la postérité. »
C’est alors qu’il se décida, pour établir toute la certitudede ses droits, à publier l’ensemble des travaux par lesquels